Nathan Paulin : "Rendre le patrimoine vivant"

Publié le : 
Mercredi 15 juin 2022 - 12h00
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Après avoir décroché, le 24 mai, le record du monde de la longueur en ralliant sur une slackline le Mont-Saint-Michel (2 200 mètres), Nathan Paulin, funambule de l’extrême, s’attaque à la traversée de la Seine, le 1er juillet, à 20h30, dans le cadre de la fête du Fleuve. Retour sur ce projet inédit avec celui qui a bâti toute sa carrière sur un fil.

Le 1er juillet, vous traverserez la Seine dans les airs, sur une longueur de 640 mètres, à 90 mètres de hauteur, en partant de la Cathédrale jusqu’à la tour des Archives. Que vous inspirent ce projet et ces deux monuments ?

Le projet de la Ville m’a tout de suite intéressé. Il est inédit et passionnant. Je ne connaissais pas Rouen. Je suis venu faire un repérage cet hiver. L’idée de faire la traversée au-dessus de la Seine en plein cœur de ville m’a beaucoup plu. La Cathédrale est un monument emblématique à plus d’un titre. C’est la plus haute de France et c’est aussi la première fois que je pars d’une cathédrale. Dans l’histoire de la highline (le funambulisme de l’extrême), cela n’a jamais été fait. J’ai été séduit par le fait d’aller voir son architecture de très près.

Quant à la tour des Archives, elle présente une très grande verticalité. Ce projet s’inscrit bien dans l’exploration du patrimoine français que j’ai désormais envie de partager. J’ai envie que mes traversées rendent ce patrimoine et ses bâtiments vivants en les faisant découvrir à tous sous un angle nouveau car tout sera filmé.   

Quelles contraintes techniques vous imposent ce projet, qui s’insère dans un milieu urbain très dense ?   

L’une des plus grosses difficultés techniques se trouve dans la différence de hauteur des bâtiments entre le départ et l’arrivée. On doit aussi tout monter et démonter en une journée. C’est un vrai challenge ! Cela veut dire tout installer très tôt le matin, à 5h, au moment où il y a encore très peu de circulation - que l’on ne peut pas couper - car on fait tout passer par le sol. Ensuite, il a fallu tout calculer pour faire passer la sangle de façon à ce qu’elle ne se prenne pas dans la structure de la Cathédrale.

Je partirai d’une hauteur de 70 mètres, juste sous la zone de travaux. Pour ce projet, l’installation, qui est relativement légère, sera directement accrochée à la charpente métallique de la flèche de la Cathédrale qui peut aisément la supporter. A l’arrivée, tout sera sécurisé au milieu du balcon de la tour des Archives. Obtenir l’autorisation de partir de la Cathédrale a été très compliqué. Je tiens vraiment à remercier la Ville et toutes les personnes qui ont permis la concrétisation de ce projet.

Depuis deux ans, vous travaillez régulièrement avec le chorégraphe Rachid Ouramdane pour vos traversées et orientez votre pratique dans une démarche plus artistique. A l’image de la traversée du lac d’Annecy le 19 juillet, en collaboration avec Bonlieu Scène nationale. De quelle façon le projet rouennais répond-il à cette aspiration ?

Ce qui m’a également plu dans ce projet, c’est le lien étroit avec la musique, avec l’idée de ce concert organisé sur le pont, en même temps que ma traversée. Je suis très sensible à la musique. Avoir et entendre en-dessous de moi l’orchestre philharmonique de l’Opéra jouer – c’est une première pour moi - crée des souvenirs forts avec et pour les habitants.  En plus, la première symphonie de Beethoven qui sera interprétée est en parfaite adéquation avec ce que je ferai le 1er juillet.

Cette dimension artistique, comme vous le soulignez, m’intéresse en effet de plus en plus. Cet accompagnement musical permet d’établir une connexion entre les musiciens et moi. On s’adapte les uns aux autres tout au long de la traversée. Il crée aussi des liens avec la population car ce sont des Rouennais qui joueront. Très souvent, j’écoute de la musique quand je travaille. J’ai de plus en plus envie d’accompagner mes traversées par de la musique en live. Je souhaite à présent inscrire mes projets dans une esthétique particulière, comme celui du Mont-Saint-Michel, par exemple, qui associait pour le coup record du monde et esthétique.

Depuis 2017 et votre premier record du monde de longueur établi au-dessus du cirque de Navacelles dans l’Hérault (1 660 mètres à 340 mètres de hauteur) à seulement 23 ans, en quoi la pratique du highline vous a changé ?

Elle m’a permis de prendre confiance en moi, de trouver un équilibre de vie. J’éprouve un plus grand calme. J’ai une bien meilleure connaissance de moi-même. Même si je me mets dans une situation extrême à chaque traversée, ce qui effraie beaucoup les gens qui me regardent d’en bas, tout est en fait très réfléchi, sécurisé. Je ne suis jamais en danger. J’étais très dissipé plus jeune. Cette pratique m’a également apporté de la concentration.  

Quelle philosophie en tirez-vous aujourd’hui ?

Je voudrais d’abord dire que cette pratique est accessible à tout le monde et à tout âge, contrairement à ce que l’on pourrait croire. J’avais peur du vide quand j’étais plus jeune. Je veux montrer qu’on peut réussir à combattre ses peurs, à les maîtriser et à finir par passer au-dessus.  Il faut travailler, recommencer, insister, y croire, engranger de l’expérience. Chacun peut se dépasser quel que soit son domaine, dans la vie, le sport, le milieu professionnel. Tout peut être possible.

Qu’est-ce qui vous pourrait vous faire renoncer à la traversée de la Seine le 1er juillet ?

Je peux marcher sous la pluie qui rend la sangle un peu glissante et par un vent de 50 km/h. La seule chose qui pourrait m’empêcher de traverser est un orage. Il génère des vents importants et des éclairs, très dangereux pour moi car ils peuvent couper les sangles.

La Ville tient à remercier particulièrement la Drac de Normandie qui a donné l’autorisation à Nathan Paulin de partir de la Cathédrale et grâce à laquelle cette traversée inédite a pu se concrétiser.

(Photo : Stephan Denys)

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