Portrait du Mag : Stéphane Maunier, 30 ans, passionnément !

Le Kalif fête un bel anniversaire cette année. On ne compte plus les musiciens qui ont commencé à écrire leur histoire ici. Des centaines d’élèves y fréquentent également l’école de musique. À la tête de cette institution, Stéphane Maunier, passionné chef d’orchestre.
Il aurait préféré mettre en avant son équipe. Laisser la lumière aux musiciens, qu’il aime par-dessus tout. Mais après une petite hésitation, et une (rapide) négociation pour une photo groupée, Stéphane Maunier a accepté l’invitation au portrait. Il est le directeur du Kalif, qui célèbre tout au long de l’année 2026 ses 30 ans. La structure située route de Darnétal comprend des studios de répétition, une école de musique et une salle de concert. Elle pilote également le festival des Terrasses du Jeudi et compte parmi les acteurs essentiels du paysage culturel rouennais. "J’y suis arrivé en 1998 comme chargé de communication, dans le cadre d’un emploi jeune. C’était un peu avec les moyens du bord", se souvient-il.
Le jeune homme avait alors quitté son île natale de La Réunion pour rejoindre Rouen, après avoir obtenu son bac en 1991. Avec une idée bien précise en tête : "Ma vie serait consacrée à la musique. J’ai commencé à jouer de la batterie assez jeune, je me suis fait ma culture en lisant Hard Rock magazine. Mon père m’avait conseillé la sociologie ou une école de journalisme car j’écrivais dans le journal du lycée…" Ce sera bien la musique. Le jeune Stéphane s’adapte au climat normand et traîne ses guêtres et sa guitare du côté du California Music, la salle de répétition créée par des musiciens. Il ne le sait pas encore, mais ce repère deviendra sa deuxième maison. Et le Calif deviendra le Kalif (à la place du Calif).
"Fier du travail accompli"
En 2005, la salle est menacée. Le Rouennais d’adoption prend alors son courage à deux mains et son bâton de musicien pour aller frapper aux portes des collectivités et demander de l’aide. "Le déclic a eu lieu lorsque j’ai croisé le producteur Neal Pogue aux toilettes du studio. Après avoir œuvré sur l’album d’Outkast, il venait travailler avec les Rouennais de Tahiti 80. Je me suis alors dit que ce lieu ne pouvait pas fermer ses portes. C’était aussi le seul endroit où l’on pouvait voir des avocats et des ouvriers parler politique autour de la machine à café." Une implication remarquée qui le verra prendre, de façon naturelle, la direction du Kalif en 2006. Stéphane Maunier y développera une école de musique qui compte aujourd’hui 350 élèves et un dispositif sur les Hauts de Rouen. Il est très investi dans les risques auditifs aussi.
Tout au long de l’année 2026, des concerts sont proposés au public. Le prochain met à l’honneur la scène rouennaise puisque Sevo et Plomb. se produisent au Kalif le samedi 21 mars, deux mois après les Winged Weel du batteur de Sonic Youth, Steve Shelley. De quoi réjouir l’équipe et son directeur. Au moment de jeter un œil dans le rétro, pas de grand éclat de voix, mais un sourire satisfait : "Putain, 30 ans quand même… Aujourd’hui, je suis fier du travail accompli, de cette réussite collective. D’un point de vue plus personnel, je suis heureux de pouvoir dire à ma fille que j’ai réalisé mon rêve, celui de servir la musique."
Légende photo : Stéphane Maunier, au premier rang et assis sur l’accoudoir du fauteuil, tenait à être entouré de son équipe au moment de prendre la photo qui allait illustrer son portrait.