Halle aux Toiles

halle_au_toiles.jpgClassé Monument Historique.

La Halle aux Toiles est un vestige des anciennes halles de Rouen, qui abritèrent pendant des siècles un important marché, encore signalé à ce jour par une façade du XVIIIe siècle, au nord. Reconstruite entre la fin des années 1950 et 1961, après sa destruction presque totale durant la Seconde Guerre mondiale, elle est devenue un « palais » multifonctionnel luxueux, abritant un mobilier élégant en bois de merisier, des toiles, des fresques et des sculptures.

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Histoire 

Des halles de Rouen à la Halle aux Toiles  (XIIIe siècle-1940)

Cet édifice est le vestige d’un ensemble de plusieurs halles, implantées depuis le XIIIe siècle à l’emplacement de l’ancienne tour de Richard Ier de Normandie, bâtie au Xe siècle. Au nord se dressait la halle aux draps, au sud la halle aux toiles, et à l’est la halle aux grains, doublée plus tard par la halle aux blés.

La Halle aux Toiles, dont la ruine est attestée en 1471, est reconstruite vers 1540. La Fierte Saint-Romain date de 1542. Jusqu’en 1881, Rouen est un carrefour majeur pour le commerce du textile en France. Au XIXe siècle, la Halle aux Toiles est ainsi un lieu de rendez-vous incontournable pour la vente des toiles de coton.

La Fierte est un édicule de la Renaissance érigé à l’emplacement d’une ancienne chapelle. Son nom vient du mot « fierte » (moyen français), qui signifie « châsse » ou « reliquaire ». Elle servait en effet de tribune pour la présentation de la châsse contenant les reliques de saint Romain, chaque année, lors de l’Ascension.

Situation des halles, détail du plan de Jacques Gomboust, 1655. © Archives départementales de Seine-Maritime

Situation des halles, détail du plan de Jacques Gomboust, 1655. © Archives départementales de Seine-Maritime.

Des destructions à la reconstruction (1940-1961)

En juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Rouen. Pour les empêcher de traverser la Seine, l’armée française fait dynamiter les ponts. Aux abords du fleuve, un incendie se déclare, réduisant en cendres tout le quartier situé au sud de la cathédrale. À la Libération, il ne reste des halles de la Haute-Vieille-Tour que la façade nord de la Halle aux Toiles et la Fierte.

La reconstruction de la Halle aux Toiles, financée en grande partie par les dommages de guerre, débute en 1959 sous la conduite de deux architectes, Henri Jullien, architecte en chef des monuments historiques, et Raymond Barbé, architecte diplômé de l’école des Beaux-Arts et

d’Architecture de Rouen. La pertinence des choix architecturaux, décoratifs et esthétiques appliqués à la reconstruction de la Halle aux Toiles en font une oeuvre d’art totale, justifiant sa protection intégrale au titre des monuments historiques, consacrée en 2025.


Architecture

À son inauguration en 1961, la Halle aux Toiles est un espace multifonctionnel luxueux où se succèdent congrès, fêtes et banquets. Si la façade nord est restaurée à l’identique, la façade sud incarne la modernité de la Reconstruction, avec ses grandes baies régulières dotées d’un encadrement préfabriqué en béton peint.

À l’intérieur, les architectes choisissent des matériaux constituant une palette sobre. Le stuc rouge marque les éléments structurels en béton, des parements de travertin animés de pointes de marbre vert décorent les murs, et la pierre de Saint-Maximin recouvre le sol des espaces de circulation. La chaleur du chêne clair (parquets, plafonds, lambris) contraste avec les menuiseries métalliques de teinte bleu-vert vif.

Dans la salle des fêtes, une impressionnante voûte lambrissée en forme de « courbe de Gauss » ou « courbe en cloche » habille une série d’arcs paraboliques en béton armé, supportant une charpente triangulée également en béton. La modernité y rencontre l’histoire : face au cycle de Mirianon célébrant Rouen « à travers les âges », le revers de la façade en pierre du XVIIIe siècle est laissé nu, comme le témoin éloquent de la grandeur passée de la ville, devenue riche et prospère grâce au commerce drapier et à l’industrie textile.

La salle des fêtes au moment de son inauguration, 1961. © Archives municipales de Rouen.La salle des fêtes au moment de son inauguration, 1961. © Archives municipales de Rouen.


Œuvres d’art, mobilier et luminaires

La Ville organise en 1959 un concours pour la réalisation d’œuvres destinées à l’ornementation intérieure. Parmi les lauréats, tant parisiens (René Collamarini, Jean-Pierre Demarchi…) que rouennais (Roger Tolmer, Georges Mirianon…), plusieurs sont professeurs à l’École des Beaux-Arts de Rouen, comme Jean Lesage, Jean-Claude Mauger et Robert Savary.

C’est en dehors du cadre de ce concours que Robert Couturier réalise sa silhouette féminine en acier soudé. Ce dernier, comme Maxime Old, a déjà collaboré avec Raymond Subes, célèbre ferronnier d’art auteur du garde-corps de l’escalier d’honneur. Les lustres et appliques sont exécutés par les établissements Caillat.

Le mobilier est signé de Maxime Old, décorateur, ensemblier et architecte d’intérieur, élève de Jacques-Emile Ruhlmann. Old exprime ici son goût pour la pureté des lignes : sur les canapés encadrant la statue de Couturier, le travail d’ébénisterie se résume à d’élégants traits horizontaux rappelant le bastingage d’un paquebot.

Leur piètement épouse l’une de ses lignes signatures, le « grand angle », en forme de « V » largement ouvert. Le créateur mobilise ce même motif sur les trois fauteuils confortables, pour les profils des pieds et les montants des accoudoirs. Bien que ces fauteuils correspondent à un modèle antérieur présenté dans un article de la revue Art et Décoration en 1957, le décorateur n’applique jamais une même recette d’un lieu à un autre. Il décline et recompose en s’adaptant à l’usage, dans une recherche de fonctionnalisme, en variant formats et matières.

Ici, Old fait le choix de matériaux industriels qui se démocratisent après-guerre. Les fauteuils sont garnis de mousse latex et leur couverture est en « Sanglar © », une matière plastique imitant le cuir. Les banquettes de la galerie présentent un piètement en X, autre signature du décorateur. Évoquant le siège curule, il fait aussi référence au « X » de Maxime.

 panneau abstrait de Roger Tolmer, paire de hauts-reliefs en métal de Jean-Pierre Demarchi. © Ville de Rouen.

Vue du foyer : ferronnerie de l’escalier de Raymond Subes, sculpture en acier doré de Robert Couturier, canapés de Maxime Old. Dans le reflet du miroir : panneau abstrait de Roger Tolmer, paire de hauts-reliefs en métal de Jean-Pierre Demarchi. © Ville de Rouen. 


History

From the Halls of Rouen to the Halle aux Toiles (13th Century – 1940)

This building is the last remnant of a complex of several market halls, established since the 13th century on the site of the former tower of Richard I of Normandy, built in the 10th century. To the north stood the ‘Halle aux Draps’ (Cloth Hall), to the south the ‘Halle aux Toiles’ (Linen Hall), and to the east the ‘Halle aux Grains’ (Grain Hall), later joined by the ‘Halle aux Blés’ (Wheat Hall).

The Halle aux Toiles, whose ruin was recorded in 1471, was rebuilt around 1540. The Fierte of Saint-Romain dates from 1542. Until 1881, Rouen was a major hub for the textile trade in France. In the 19th century, the Halle aux Toiles was thus an essential meeting place for the sale of cotton fabrics.

The Fierte is a Renaissance structure erected on the site of an ancient chapel. Its name derives from the Middle French word "fierte" (meaning "shrine" or "reliquary"), as it served as a platform for displaying the reliquary containing the relics of Saint Romain during the annual Ascension Day procession.

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Location of the market halls, detail from Jacques Gomboust's plan, 1655. © Archives départementales de Seine-Maritime.

From destruction to reconstruction (1940–1961)

In June 1940, German troops entered Rouen. To prevent them from crossing the Seine, the French army dynamited the bridges. A fire broke out near the river, reducing the entire district south of the cathedral to ashes. At the time of the Liberation (August 1944), only the north façade of the Halle aux Toiles and the Fierte remained of the Haute-Vieille-Tour halls.

Reconstruction of the Halle aux Toiles, largely funded by compensation for war damage, began in 1959 under the direction of two architects: Henri Jullien, Chief Architect of Historical Monuments, and Raymond Barbé, a graduate of the Rouen School of Fine Arts and Architecture. The relevance of the architectural, decorative, and aesthetic choices made during the reconstruction earned the Halle aux Toiles recognition as a total work of art, justifying its full protection as a historical monument in 2025.

Architecture

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The salle des fêtes (reception hall) at the time of its inauguration, 1961. © Archives municipales de Rouen.

At its inauguration in 1961, the Halle aux Toiles was a luxurious, multifunctional space hosting congresses, celebrations, and banquets. While the north façade was restored to its original state, the south façade embodied the modernity of post-war Reconstruction, with its large, regular bays framed in prefabricated painted concrete.

Inside, the architects selected materials forming a restrained palette. Red stucco marked the structural concrete elements, travertine cladding with green marble accents adorned the walls, and Saint-Maximin stone covered the floors of circulation areas. The warmth of light oak (flooring, ceilings, paneling) contrasted with the bright blue-green metal joinery.

In the reception hall, an impressive wooden vault in the shape of a ‘Gaussian curve’ or ‘bell curve’ clad a series of parabolic concrete arches, supporting a triangulated concrete framework. Here, modernity met history: opposite Mirianon’s cycle celebrating Rouen through the ages, the reverse side of the 18th-century stone façade was left bare—a poignant testament to the city’s past grandeur, built on wealth from the cloth trade and textile industry.

Artworks, furniture, and lighting

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View of the foyer and the escalier d’honneur (grand staircase) : staircase railing by Raymond Subes, gilded steel sculpture by Robert Couturier, sofas by Maxime Old. Reflected in the mirror: abstract panel by Roger Tolmer, pair of metal high reliefs by Jean-Pierre Demarchi. © Ville de Rouen.

In 1959, the City of Rouen organized a competition for the creation of works intended to adorn the interior. Among the winners—both Parisian (René Collamarini, Jean-Pierre Demarchi…) and Rouen-based (Roger Tolmer, Georges Mirianon…)—several were professors at the Rouen School of Fine Arts, including Jean Lesage, Jean-Claude Mauger, and Robert Savary.

Outside this competition, Robert Couturier crafted his welded steel female silhouette. Couturier, like Maxime Old, had previously collaborated with Raymond Subes, the renowned art metalworker behind the honor staircase’s balustrade. The chandeliers and wall sconces were executed by Caillat & Co.

The furniture was designed by Maxime Old, a decorator, interior architect, and former student of Jacques-Émile Ruhlmann. Old’s work here reflects his preference for pure lines: the sofas flanking Couturier’s statue features elegant horizontal lines evoking a ship’s railing.

Their legs adopt one of his signature motifs—the "wide-angle V". The designer employed the same motif in the three armchairs, shaping the legs and armrest supports. Though these chairs resemble an earlier model featured in Art et Décoration magazine in 1957, Old never replicated the same formula in different spaces. Instead, he adapted his designs to each new environment, embracing functionalism while varying scales and materials.

Here, he chose industrial materials that became widely accessible post-war: the chairs were upholstered with latex foam and covered in Sanglar©, a plastic leather substitute. The gallery benches featured an X-shaped base, another of Old’s hallmarks. Evoking the Roman curule seat, the design also subtly referenced the "X" in Maxime.


Accès Transports

  • TEOR 1, 2, 3 Arrêt République
  • Ligne Fast F1, F7 Arrêt République
  • Bus 11 Arrêt République

Accessible aux personnes en fauteuil roulant.


Localisation

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