Femmes rouennaises inspirantes, collège Barbey-d’Aurevilly

Dans le cadre des Débats des mémoires de la ville de Rouen, quatre collèges rouennais se sont mobilisés pour donner vie à 42 podcasts courts, conçus pour le grand public et plus particulièrement pour les plus jeunes. Cette collection invite à (re)découvrir, à travers des voix multiples, les parcours vivants et inspirants de femmes rouennaises qui ont marqué l’histoire de la ville.
Jeanne d’Arc
Et si vous pouviez voyager dans le temps pour rencontrer Jeanne d’Arc ? Des collégiens de Rouen vous embarquent dans une aventure sonore au cœur du Moyen Âge, pour découvrir son destin, son courage et la manière dont cette jeune femme est devenue une légende.
[Bruits de perceuse et de travaux]
Le jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier :
Eh ben, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse, puis lancement de la musique du générique]
Le présentateur :
Bienvenue dans notre podcast, réalisé par des élèves du collège de Rouen. Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines. Alors, prêts pour l’aventure ?
Aujourd’hui, nous allons rencontrer Jeanne d’Arc.
L’opératrice de la chronomachine :
Le temps de régler ma chronomachine sur le 30 mai 1431, le jour de son exécution. J’abaisse ce levier, je tourne ce bouton… C’est bon, tu peux entrer.
Le voyageur temporel :
Souhaitez-moi bonne chance.
[Musique et bruitage de voyage dans le temps]
Jeanne d’Arc :
Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?
Le voyageur temporel :
Nous venons à votre rencontre pour en savoir plus sur vous. D’ailleurs, je ne vous imaginais pas ainsi. Il n’y a aucune photo de vous à mon époque.
Jeanne d’Arc :
Une photo ? C’est quoi, ça ?
Le voyageur temporel :
Un portrait de vous. Mais bref, rien d’important. Où sommes-nous ?
Jeanne d’Arc :
En prison, à Rouen, dans une tour : le donjon de l’ancien château.
Le voyageur temporel :
En prison ? Mais pourquoi ? Que s’est-il passé ?
Jeanne d’Arc :
On m’accuse de sorcellerie, d’hérésie et aussi de porter des habits d’homme.
Le narrateur :
Car oui, Jeanne d’Arc serait née aux alentours de 1412, dans un petit village des Vosges, dans l’est de la France, où elle était bergère.
[Bêlement de mouton]
À treize ans, elle affirme entendre les voix des saints Michel, Marguerite d’Antioche et Catherine d’Alexandrie.
En 1429, un événement important se produit dans sa vie.
Jeanne d’Arc :
J’ai reçu une mission spectaculaire : celle de délivrer la France de l’occupation anglaise. Je suis donc partie avec l’armée de Charles VII pour reprendre Orléans aux Anglais.
[Bruitages de bataille et d’explosions]
Mais malheureusement, j’ai été faite prisonnière. J’ai été capturée en 1430, à Compiègne, par les Bourguignons, qui m’ont livrée aux Anglais.
[Bruit de pièces de monnaie]
Mon procès a eu lieu le 9 janvier 1431, au cours duquel j’ai été condamnée au bûcher à Rouen.
Le voyageur temporel :
C’est étrange. Des siècles plus tard, Rouen parle encore de vous.
Le narrateur :
« Et la sorcière, c’est l’heure ! » Seule, sans avocat, elle subit un procès truqué. Son histoire ne fut pas heureuse et c’est ainsi qu’elle se finit.
Jeanne d’Arc est devenue une figure légendaire de l’histoire de France grâce à son courage pendant la guerre de Cent Ans, mais aussi parce que les historiens du XIXᵉ siècle ont raconté son histoire.
Aujourd’hui, tout le monde revendique Jeanne d’Arc : les royalistes, les féministes, les nationalistes, les socialistes et plein d’autres.
La ville de Rouen honore sa mémoire avec un musée qui lui est dédié, un lycée, des rues, des places et même des chocolats portant son nom.
Cette jeune femme est avant tout un bel exemple de détermination.
Le voyageur temporel :
Bon, je vais repartir. Je ne voudrais pas louper les fêtes de Jeanne d’Arc du mois de mai.
Jeanne d’Arc :
Il y a des fêtes en mon honneur ?
Le voyageur temporel :
Eh oui ! À mon époque, vous êtes une légende du Moyen Âge.
Jeanne d’Arc :
Si mon combat reste dans les mémoires, alors ça me rassure un peu.
Le voyageur temporel :
Au revoir.
[Musique de transition]
Générique
Une élève :
Et derrière ce podcast, il y a Clovis…
Un élève :
Louisa…
Un élève :
Gaspard…
Un élève :
Noa…
Une élève :
Et Louise…
Le narrateur :
… du collège Barbey-d’Aurevilly.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Bruitages et sons additionnels : lasonotheque.org.
Suzanne Duchamp
Artiste rouennaise longtemps restée dans l’ombre de son célèbre frère Marcel Duchamp, Suzanne Duchamp a pourtant bousculé les codes de l’art avec le mouvement dada. Des collégiens de Rouen vous racontent son parcours, son œuvre et sa redécouverte.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier : Eh bah, bouge pas. Ça arrive.
[Bruits de perceuse et d’outils.]
Ouvrier : Plus que trois trous et… la plaque est posée !
[Transition musicale.]
Narratrice : Bienvenue dans notre podcast, réalisé par des élèves de collège de Rouen. Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines.
Alors, prêts pour l’aventure ?
Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire d’une artiste peu connue, mais qui a bousculé l’art. Elle s’appelle Suzanne Duchamp.
[Ambiance de cour d’école. Voix d’enfants.]
Narratrice : Suzanne naît à la fin du XIXᵉ siècle, dans une famille où l’on aime beaucoup l’art.
Elle passe une grande partie de sa jeunesse à Rouen, dans un immeuble situé au 73, rue Jeanne-d’Arc, en face du square Verdrel. Son appartement a vue sur le splendide musée des Beaux-Arts de Rouen.
Son frère, Marcel, devient vite un artiste très célèbre.
Voix d’enfant 1 : Pourquoi doit-on toujours peindre des choses belles et réalistes ?
Voix d’enfant 2 : Et si on faisait autrement ?
Narratrice : À cette époque, beaucoup d’artistes veulent casser les codes et changer les règles. Ils créent un mouvement très étrange : le mouvement dada.
Voix d’enfant 1 : Dada, comme le cheval ?
[Hennissement d’un cheval.]
Voix d’enfant 2 : Mais non !
[Ambiance intérieure animée.]
Narratrice : À Paris, Suzanne découvre ce mouvement. Le dadaïsme, c’est un peu de l’anti-art. On peut utiliser des objets, découper, coller et écrire des phrases bizarres.
Voix d’enfant 1 : Donc, il n’y a plus de règles ?
Voix d’enfant 2 : Pas très sérieux, comme art…
Narratrice : Alors, Suzanne se lance. Elle crée des œuvres originales, aux airs de Picasso, différentes, parfois difficiles à comprendre.
Mais, derrière, il y a toujours un sens caché. Elle oblige le spectateur à regarder autrement.
Voix de Suzanne Duchamp : Je ne veux pas seulement faire joli. Je veux faire réfléchir.
Narratrice : Mais, à cette époque, être une femme artiste, c’est plutôt compliqué. Et surtout quand son grand frère devient célèbre, scandaleusement célèbre.
[Chuchotement.]
Voix d’enfant : Chut…
Narratrice : Alors, Suzanne reste dans l’ombre.
[Chuchotement.]
Voix d’enfant : Chut…
Narratrice : Pendant longtemps, son travail est mis de côté. Ses œuvres sont oubliées. Son nom aussi.
Mais aujourd’hui, les historiens de l’art s’intéressent à elle et les musées organisent de grandes expositions rien que pour elle.
Voix d’enfant : Ça, c’est la gloire !
Narratrice : Ils comprennent que Suzanne Duchamp fait partie des artistes importants du mouvement dada, mais pas seulement. Elle est aussi une artiste complète et originale.
Avec son histoire, on réalise que, même si l’on n’est pas célèbre de son vivant, même si l’on n’est pas compris tout de suite, on peut quand même changer le regard de l’autre pour comprendre autrement le monde qui nous entoure.
Voix de Suzanne Duchamp : L’art, c’est être libre.
Narratrice : C’était donc l’histoire de Suzanne Duchamp, une artiste discrète, modeste, mais dont le talent est enfin reconnu.
[Transition musicale.]
Voix de présentation : Et derrière ce podcast, il y a…
Louise : Louise.
Gaspard : Gaspard.
Noa : Et Noa.
Voix de présentation : Du collège Barbey-d’Aurevilly.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel et, au montage, Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Musique de fin.]
Colette Privat
Qui était Colette Privat, première femme conseillère départementale de Seine-Maritime et députée, puis maire de Maromme pendant 21 ans ? Des collégiens de Rouen retracent le parcours d’une femme engagée pour les ouvriers, l’éducation et la transformation de sa ville.
[Bruit de perceuse et bruits de chantier]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bien, ne bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse, puis musique du générique]
Présentatrice :
Bienvenue dans notre podcast, réalisé par des élèves d’un collège de Rouen.
Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines.
Alors, vous êtes prêts pour l’aventure ?
[Bruit de machine en fonctionnement]
Élève 1 :
Oh, mais j’entends un bruit. Vous entendez aussi ?
Élève 2 :
Oui, j’entends. Qu’est-ce que c’est ?
Voix mystérieuse :
Qui êtes-vous ?
Élève 1 :
Un élève d’un collège de Rouen.
Voix mystérieuse :
Ces mécaniques répétitives, des machines…
Élève 2 :
Des machines ? Des machines de quoi ?
Voix mystérieuse :
D’usine. En Normandie, à côté de Rouen, dans la vallée du Cailly. La seule usine encore ouverte, transformée en musée : la Corderie Vallois.
Élève 1 :
Une célébrité, peut-être ? Une femme politique ou marquante ? Mais tiens, j’ai une idée… Colette Privat ?
Colette Privat :
Oui, c’est moi.
Élève 1 :
Oui, super !
Narratrice 1 :
Mais commençons par le début.
Colette Privat est née Moa Morigo, en 1925, à Paris, dans une famille plutôt aisée. Quand elle était encore jeune, son père a disparu. Malgré cela, elle parvient à continuer ses études.
Elle obtient l’agrégation de lettres, le diplôme supérieur de l’enseignement. Pendant ses études, elle adhère au Parti communiste, où elle rencontre son mari.
Colette Privat — archive sonore :
J’étais enjouée à l’idée d’un monde nouveau, heureux, sans pauvreté et sans guerre.
Narratrice 2 :
Colette devient professeure à Rouen, notamment au lycée Jeanne-d’Arc, qui est aujourd’hui le collège Barbey-d’Aurevilly.
Élève 2 :
Oh, mais c’est mon collège, ça !
Narratrice 1 :
Madame Privat est la première femme élue conseillère départementale de Seine-Maritime, en 1967.
La même année, elle est élue députée à l’Assemblée nationale.
Elle s’est battue pour les ouvriers, pour leur droit à l’emploi, ainsi que pour les enfants de la vallée du Cailly, pour leur accès aux études et à la culture.
Elle et son mari refusent la Légion d’honneur.
Colette Privat — archive sonore :
On a fait aussi bien ce qu’on a pu que ce qu’on avait à faire. Ça ne nous a demandé aucun sacrifice, aucune souffrance.
Narratrice 2 :
Colette nous a quittés en 2021, à 95 ans.
[Chants d’oiseaux et ambiance extérieure]
Narratrice 1 :
En 1977, madame Privat est élue maire de Maromme.
Ce moment est important dans sa vie, car elle prend des décisions pour améliorer la vie des habitants, notamment reconstruire le centre-ville sans que cela coûte de l’argent aux Marommais.
Les nouveaux bâtiments proposent des logements sociaux.
Colette Privat :
Bien.
Élève 1 :
Quoi ? Vous êtes encore là ? Vous me faites peur !
Narratrice 2 :
Elle restera maire pendant 21 ans. Elle arrêtera à la fin de son quatrième mandat.
Élève 2 :
Je ne savais pas qu’elle avait fait tout ça. Je suis impressionnée.
Narratrice 1 :
Cette femme a non seulement espéré, mais elle a aussi essayé et réussi à changer les choses.
Colette Privat est une femme politique qui mérite d’être un exemple pour les générations à venir.
[Bruit d’eau et musique de conclusion]
Générique de fin :
Et derrière ce podcast, il y a Ambre, Louiza et Aïcha, du collège Barbey-d’Aurevilly.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Sources : Wikipédia et un reportage de France 3 diffusé en 2015 dans l’émission Légendes d’ici.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Musique de fin]
Simone de Beauvoir
Avant de devenir une figure majeure du féminisme, Simone de Beauvoir a vécu et enseigné à Rouen. Des collégiens vous invitent à découvrir son parcours, son refus des conventions et ses combats pour l’indépendance et les droits des femmes.
[Bruit de perceuse et sons de chantier. ]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de chantier. ]
[Musique. ]
Narratrice :
Bienvenue dans notre podcast, réalisé par des élèves du collège de Rouen.
Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines.
Alors, prêts pour l’aventure ?
[Bruits de pas. ]
Narratrice :
Rouen, année 1930. Près de la place du Vieux-Marché, une jeune professeure de philosophie marche d’un pas décidé vers le lycée Jeanne-d’Arc.
Cette femme, c’est Simone de Beauvoir.
Intervieweuse :
Bonjour, Simone. On dit que vous avez vécu ici, à Rouen.
Simone de Beauvoir :
Oui. Même si je suis surtout parisienne, j’ai habité ici plusieurs années, rue du Petit-Mouton, dans une vieille maison normande. Et j’enseignais la philosophie au lycée Jeanne-d’Arc.
Intervieweuse :
Attendez, mais c’est notre collège aujourd’hui ! Le collège Barbey-d’Aurevilly. Mais les lieux ont beaucoup changé, non ?
Simone de Beauvoir :
Oh oui ! Je ne reconnaîtrais sans doute pas l’établissement aujourd’hui. À mon époque, c’était un lycée de jeunes filles, surtout des élèves bourgeoises. Il n’y avait pas de mixité, ni entre les filles et les garçons, ni entre les milieux sociaux.
Intervieweuse :
Waouh, ça a vraiment changé ! Mais avant d’enseigner à Rouen, comment était votre enfance ?
Simone de Beauvoir :
J’ai reçu une éducation très stricte. On attendait de moi que je sois une jeune fille rangée. Mon avenir était tout tracé : je devais recevoir une dot, me marier et obéir à mon mari.
Intervieweuse :
Et ça vous allait ?
Simone de Beauvoir :
Pas du tout ! J’ai refusé ce destin imposé, car je voulais être indépendante. Il me fallait un métier. J’ai donc passé l’agrégation de philosophie.
Intervieweuse :
C’est là que vous avez rencontré Jean-Paul Sartre. Vous avez été reçue deuxième au concours, juste derrière lui. Vous le connaissiez bien ?
Simone de Beauvoir :
Pas qu’un peu ! Après le concours, j’ai été nommée à Marseille, au lycée Montgrand. Il a essayé de m’épouser pour que nous restions dans la même ville, mais j’ai refusé. Le mariage, c’est doubler les corvées sociales. Je voulais garder ma liberté.
Finalement, j’ai été nommée ici, à Rouen, pour me rapprocher de lui quand il enseignait au Havre.
Intervieweuse :
On raconte d’ailleurs que vous vous retrouviez souvent près de la gare.
Simone de Beauvoir :
C’est vrai. Je le retrouvais souvent au café Le Métropole. On passait des heures à discuter.
[Ambiance de café et conversations. ]
Intervieweuse :
Attendez… Vous étiez donc dans une relation libre ? Ça devait surprendre pas mal de monde.
[Transition musicale. ]
Narratrice :
Plus tard, en 1949, vous publiez Le Deuxième Sexe. Vous écrivez une phrase très célèbre : « On ne naît pas femme, on le devient. »
[Bruit de crayon ou de plume sur du papier. ]
Intervieweuse :
Mais concrètement, ça veut dire quoi ?
Simone de Beauvoir :
Cela signifie que la féminité n’est pas une réalité biologique. C’est la société et l’éducation qui façonnent la place des femmes.
Si elles sont considérées comme inférieures par rapport aux hommes, c’est parce qu’on les a élevées pour l’être.
Intervieweuse :
Ah, je crois que je comprends mieux. Et vous n’avez jamais arrêté d’écrire depuis ?
Simone de Beauvoir :
Jamais. J’ai obtenu mon indépendance financière. À partir de là, j’ai totalement pu me consacrer à mon métier d’écrivaine. C’était mon rêve depuis que j’étais petite fille.
[Musique. ]
Narratrice :
Et plus tard, dans les années 1970, vous passez à l’action.
[Manifestation : slogans, applaudissements et cris de foule. ]
Simone de Beauvoir :
Je me suis engagée pour que les femmes disposent librement de leur corps et obtiennent le droit à la contraception.
En 1971, j’ai signé le Manifeste des 343 pour réclamer le droit à l’avortement.
Intervieweuse :
Vous vous êtes battue pour des droits importants pour les femmes. Franchement, c’était super courageux, surtout à une époque où beaucoup de gens étaient contre.
Aujourd’hui, à Rouen, une plaque rue du Petit-Mouton et une bibliothèque portent votre nom. Vous avez marqué l’histoire et, en tout cas, Rouen se souvient de vous.
[Musique. ]
Élève 1 :
Et derrière ce podcast, il y a…
Élève 2 :
Aprilia…
Élève 3 :
Et Asma, du collège Barbey-d’Aurevilly.
Élève 1 :
Enregistré par Chérif Kahn.
Élève 2 :
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel et, au montage, Chérif Kahn.
Élève 3 :
Pour les bruitages et les sons additionnels : Joseph Sardin, du site lasonotheque.org.
[Musique de fin. ]
Yvonne Gancel
Qui était Yvonne Gancel, première Normande médaillée dans une compétition internationale féminine ? Des collégiens de Rouen racontent le parcours de cette sportive méconnue, pionnière du javelot et du football, qui a contribué à faire avancer la place des femmes dans le sport.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier : Eh bah, bouge pas, ça arrive.
[Bruits de perceuse et de travaux.]
Ouvrier : Plus que trois trous et… la plaque est posée !
[Début de la musique du générique.]
Narrateur : Bienvenue dans notre podcast, réalisé par des élèves de collège de Rouen. Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines. Alors, prêt pour l’aventure ?
[Transition musicale et effets sonores.]
Narrateur : Il y a cent deux ans, la Rouennaise Yvonne Gancel entrait dans l’histoire des Jeux olympiques en étant la première Normande médaillée aux J. O. Méconnue, on vous raconte son histoire.
Élève : Attends… Yvonne Gancel ? Je n’en ai jamais entendu parler. C’est une artiste ? Une scientifique ?
Yvonne Gancel : Bonjour. Oui, je suis une sportive et j’ai eu la chance de participer aux premiers Jeux mondiaux féminins.
Élève : Êtes-vous connue dans le monde ?
Yvonne Gancel : Pas vraiment. À mon époque, les femmes étaient rarement reconnues pour leurs exploits.
Élève : Quel était le sport que vous pratiquiez ? Vous avez gagné des médailles ou des coupes ?
Yvonne Gancel : Je vois que cela t’intrigue beaucoup. Je vais te raconter mon histoire.
[Transition sonore. Ambiance extérieure avec chants d’oiseaux.]
Yvonne Gancel : Je pratiquais le lancer du javelot. En 1922, j’ai participé à une grande compétition à Amsterdam. À l’époque, ces épreuves ne s’appelaient pas encore les Jeux olympiques pour les femmes, mais les Jeux mondiaux féminins.
Nous étions soixante-dix-sept candidates. La pression était à son comble et j’ai fini deuxième. Cela faisait de moi la première Rouennaise médaillée dans une compétition internationale.
Élève : Waouh ! Ça devait être impressionnant. J’aurais tant aimé y assister.
Yvonne Gancel : Oh oui, mais ce n’était pas facile. À mon époque, les femmes n’étaient pas reconnues à leur juste valeur. Lorsque les organisateurs des Jeux olympiques ont décidé d’inclure les femmes, certains hommes ont protesté.
Élève : Ah oui ? Qui ?
Yvonne Gancel : Je me souviens d’un certain Pierre de Coubertin. Il disait :
Pierre de Coubertin : Je m’oppose à cette folie qui est de créer des olympiades femelles. Cela serait juste inesthétique et inintéressant.
Élève : Ce qu’il disait est inacceptable !
Yvonne Gancel : Ce sont les propos misogynes de l’époque. Mais grâce à l’acharnement d’Alice Milliat, une autre sportive, le Comité international olympique a fini par valider ces épreuves.
Élève : Et après ces Jeux, as-tu pratiqué d’autres sports ?
Yvonne Gancel : Oui, du football. J’ai été demi-finaliste, en 1924, de la Coupe nationale.
[Ambiance de stade. Cris et encouragements d’une foule.]
Yvonne Gancel : Après une vie riche en sport, j’ai choisi de me consacrer à une autre profession. En 1928, avec mon mari, nous nous sommes installés à Dieppe, où je suis devenue sage-femme en chef à la maternité de l’hôpital.
Narrateur : Le 27 juillet 1980, Yvonne Gancel décède à cause d’une invalidité au col du fémur, à la suite d’une fracture.
[Son de cloches.]
Élève : Merci de m’avoir raconté votre histoire. Elle était passionnante. Davantage de personnes devraient avoir la chance de vous connaître.
[Transition musicale.]
Narrateur : Vous venez d’écouter un aperçu de la vie d’Yvonne Gancel.
Et derrière ce podcast, il y a Antoine, Gustave et Alexandre, du collège Barbey-d’Aurevilly.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier M. A. O. du collège Camille-Claudel, et au montage, Chérif Kahn.
Nos sources sont disponibles sur actu.fr, pour l’article consacré à Yvonne Gancel, ainsi que sur wikipedia.org, à la page consacrée à Yvonne Gancel.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Musique de fin.]
Dorothéa Klumpke
Astronome pionnière, Dorothéa Klumpke a consacré sa vie à cartographier les étoiles et à faire avancer la connaissance du ciel. Des collégiens de Rouen racontent le destin exceptionnel de cette scientifique, longtemps moins connue que ses homologues masculins.
[Bruits de perceuse et de travaux]
Jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier : Là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier : Eh bien, ne bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse]
[Générique musical]
Narratrice : Bienvenue dans notre podcast, réalisé par des élèves du collège de Rouen. Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines. Alors, prêts pour l’aventure ?
Maîtresse de cérémonie : En cette année de 1897, le premier prix des dames revient à… Dorothea Klumpke !
[Applaudissements]
Narratrice : Comme vous venez de l’entendre, Dorothea n’est pas une femme ordinaire. C’est l’une des plus grandes astronomes du XIXᵉ siècle.
Narrateur : Tout commence le 9 août 1861. À San Francisco, Dorothea voit le jour.
[Cri de bébé]
Narrateur : En 1877, elle arrive en Allemagne avec ses trois sœurs et sa mère. Mais c’est à Paris, à la Sorbonne, qu’elle gravit tous les échelons jusqu’à rejoindre l’Observatoire de Paris.
Responsable de l’Observatoire : Merci à tous d’être venus. J’aimerais vous présenter la nouvelle membre de la Carte du ciel : Dorothea Klumpke.
[Applaudissements]
Dorothea Klumpke : Merci à tous pour votre accueil très chaleureux. Je ferai de mon mieux pour faire progresser le projet autant que possible.
Narrateur : De 1892 à 1901, elle devient directrice du Bureau des mesures de la Carte du ciel, à la tête des femmes calculatrices, chargées de cartographier l’ensemble des étoiles du ciel.
L’année de sa mise en place, le service achève les calculs de dix-huit clichés, soit un total de 2 600 étoiles.
Elle finit par épouser un autre passionné d’étoiles : Isaac Roberts.
[Musique de cérémonie]
Officiant : Madame Dorothea Klumpke, voulez-vous prendre pour époux monsieur Isaac Roberts, ici présent ?
Dorothea Klumpke : Oui, je le veux.
Officiant : Monsieur Isaac Roberts, voulez-vous prendre pour épouse madame Dorothea Klumpke, ici présente ?
Isaac Roberts : Oui, je le souhaite.
Officiant : Je vous déclare unis par les liens du mariage.
Narrateur : Après ce plein d’émotion, Dorothea part travailler avec son époux à l’observatoire de Crowborough, en Angleterre.
Mais après la mort d’Isaac, trois ans plus tard, en 1904, elle revient à Paris.
Elle se consacre alors à l’étude et à la publication des photographies prises par son mari et publie le célèbre Atlas en 1929.
Pour saluer son immense carrière, elle reçoit, en 1934, la Légion d’honneur.
Jeune voix : Waouh ! Trop cool !
Narrateur : En octobre 1942, l’une des plus grandes astronomes du XIXᵉ siècle s’éteint à San Francisco, à l’âge de 81 ans.
[Musique]
Narrateur : Regardez bien le ciel. L’hommage le plus incroyable se trouve encore plus haut, dans les étoiles. Pour que personne n’oublie son nom, deux astéroïdes portent son nom : Klumkea et Dorothea.
Narratrice : Et devinez quoi ? Dorothea Klumpke a été choisie pour figurer dans la liste des 72 femmes scientifiques dont le nom figurera sur la tour Eiffel, à côté des 72 hommes scientifiques qui y figurent depuis sa construction.
Narrateur : Dorothea a eu une carrière incroyable. Mais, à l’époque, beaucoup d’autres femmes astronomes sont restées dans l’ombre.
Narratrice : C’est vrai. On les prenait souvent pour des assistantes ou des secrétaires, alors qu’elles faisaient le même travail que les hommes.
En 2023, à l’Observatoire de Paris, un comité de chercheurs a travaillé pour remettre ces femmes en lumière, afin que l’on n’oublie plus jamais leur travail.
[Musique de générique]
Crédits : Derrière ce podcast, il y a Noé, Edgar et Kenzo, du collège Barbey-d’Aurevilly.
Enregistré par Chérif Kahn.
À l’habillage sonore : l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Germaine Pican
Institutrice à Maromme et résistante de la Seconde Guerre mondiale, Germaine Pican a résisté aux interrogatoires de la Gestapo, survécu à la déportation à Auschwitz puis Ravensbrück, avant de devenir l’une des premières femmes à siéger au Sénat. Des collégiens de Rouen racontent le destin bouleversant de cette figure de la résistance.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah… bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation. Une musique commence.]
Narratrice :
Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines. Alors, prêts pour l’aventure ?
[Transition musicale.]
Narratrice :
Nous sommes à Maromme, près de Rouen, devant une résidence pour personnes âgées qui porte le nom de Germaine Pican et d’André Pican. Mais qui est donc Germaine Pican ?
Germaine Pican :
Si cette maison porte mon nom, c’est parce que je suis une institutrice et une résistante de la Seconde Guerre mondiale. Je suis née le 10 octobre 1901 à Malaunay.
[Ambiance sonore de rue et transition.]
Intervieweuse :
Germaine, vouliez-vous déjà devenir institutrice quand vous étiez jeune ?
Germaine Pican :
Hum, hum… Jeune fille, je suis une élève brillante. Et donc, après mon bac, j’entre à l’École normale d’institutrices de la rue de Lille, à Rouen, pour apprendre mon métier.
[Ambiance de bord de mer.]
Germaine Pican :
Et c’est pendant une croisière sur la Basse-Seine, offerte par la ville de Rouen aux meilleurs élèves, que je rencontre André Pican, un beau jeune homme qui devient lui aussi instituteur.
Intervieweuse :
Comme dans un film !
Germaine Pican :
Oui ! On se marie à Malaunay en 1926.
[Applaudissements et cris de joie.]
Germaine Pican :
Mon mari et moi avons des idées politiques très fortes. Nous adhérons donc au Parti communiste en 1936. Nous voulons lutter contre la misère, contre l’injustice, pour le droit de chacun de vivre heureux et libre dans un monde sans guerre.
Mais trois ans plus tard, la Seconde Guerre mondiale éclate. La France est vite occupée par l’Allemagne nazie et, à Rouen, c’est aussi le bazar.
Avec André, on organise des contacts entre plusieurs groupes de résistants autour de Rouen et nous participons à des actions contre les nazis.
[Bruits de pas et coups frappés à une porte.]
Germaine Pican :
Mais le 22 juin 1941, la Gestapo m’arrête chez moi, à Maromme. Je suis emprisonnée et interrogée pendant plusieurs mois, notamment dans le palais de justice de Rouen. Mais je ne révèle rien.
Les nazis ont essayé de m’utiliser pour retrouver André. Ils ont annoncé ma libération en novembre 1941. Ils espéraient que je rejoindrais André.
Intervieweuse :
Et ça a marché ?
Germaine Pican :
Non. Je ne suis pas rentrée chez moi.
Le 15 février 1942, André est arrêté. Il subit de violents interrogatoires de la Gestapo.
[Transition musicale.]
Intervieweuse :
Et vous, Germaine, que vous arrive-t-il ?
Germaine Pican :
Parce que je suis communiste, je suis de nouveau arrêtée le 23 mars 1942. Je suis transférée à la prison de la Santé.
Mais, en mai 1942, j’ai pu voir mon André une dernière fois. Il était amaigri, blessé, mais il m’a souri.
Peu de temps après, il est fusillé avec d’autres résistants au Mont-Valérien. Il meurt en criant : « Vive la France ! »
[Sifflement de « La Marseillaise ».]
Intervieweuse :
C’est bouleversant… Et vous, vous êtes libérée ?
Germaine Pican :
Non. Pour moi, le calvaire continue.
[Bruit d’un train en marche.]
Germaine Pican :
En janvier 1943, je suis déportée à Auschwitz-Birkenau avec un groupe de femmes résistantes appelé le convoi du 24 janvier 1943.
Dans ce convoi, il y a aussi une jeune fille du lycée Jeanne-d’Arc, Claudine Guérin. Elle n’a que 17 ans. Elle a été arrêtée car elle transportait une lettre pour mon mari André.
Intervieweuse :
Claudine Guérin ? Mais son nom est sur la plaque des morts en déportation dans mon collège, quand c’était le lycée pour les jeunes filles de Rouen, le lycée Jeanne-d’Arc. Elle est morte du typhus dans cet horrible endroit.
Mais vous, que vous arrive-t-il ?
Germaine Pican :
Moi, je suis transférée dans le nord de l’Allemagne, dans le terrible camp de Ravensbrück, où sont enfermées surtout les femmes.
Là, je retrouve la mère de Claudine Guérin, Lucie. Elle est aussi institutrice et militante communiste. C’est moi qui dois lui annoncer la mort de sa petite fille.
Je passe deux ans et trois mois dans ces prisons infernales, mais je survis jusqu’à la Libération.
Sur les 230 femmes du convoi du 24 janvier 1943, nous ne sommes que 49 à revenir.
De retour à la maison, je reprends mon métier d’institutrice jusqu’à ma retraite, en 1955. Je suis même élue conseillère de la République pour la Seine-Maritime.
Intervieweuse :
Vous êtes donc l’une des premières femmes à entrer au Sénat ?
Germaine Pican :
Eh oui ! Mon mandat dure deux ans. Je ne suis pas réélue. Je ne comprends pas pourquoi.
[Transition musicale.]
Intervieweuse :
Vous n’avez donc jamais cessé de transmettre ?
Germaine Pican :
Je dis souvent : « Témoigner, c’est poursuivre le combat. »
C’est pour ça que je vais partout où l’on m’invite. Je raconte ce qui est arrivé à ceux qui résistaient aux nazis.
Je rappelle notre entrée, avec mon groupe de femmes, dans Auschwitz, quand on s’est mises à chanter à pleins poumons, devant les SS et les soldats, « La Marseillaise ».
[Sifflement de « La Marseillaise ».]
Intervieweuse :
Quel culot ! Avez-vous été récompensée pour votre courage ? La Légion d’honneur, peut-être ?
Germaine Pican :
Oui, mais il faut quand même attendre 1985.
Intervieweuse :
Sur la plaque, il est écrit que vous êtes décédée le 29 janvier 2001, à presque 100 ans.
Germaine Pican :
J’avais 99 ans, 3 mois et 19 jours.
Intervieweuse :
Waouh ! Vous m’impressionnez.
Votre histoire nous rappelle que des femmes ordinaires peuvent accomplir des actes extraordinaires lorsque la liberté est menacée.
[Musique de conclusion.]
Narratrice :
Derrière ce podcast, il y a Maya et Amana, du collège Barbey-d’Aurevilly.
Enregistrement : Chérif Kahn.
À l’habillage sonore, l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[La musique se poursuit, puis s’estompe.]
Suzanne Savale
Résistante de Darnétal, Suzanne Savale a fabriqué de faux papiers et caché des réfractaires au STO avant d’être arrêtée, torturée et déportée. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette femme courageuse, condamnée à mort et survivante des camps de concentration nazis.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de pose. Début de la musique.]
Présentatrice 1 :
Bienvenue dans notre podcast, réalisé par des élèves de collèges de Rouen. Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines.
Présentatrice 2 :
Alors, prêts pour l’aventure ?
[Transition musicale.]
Présentatrice 1 :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des Rouennaises n’ont pas hésité à prendre des risques importants pour lutter contre les nazis. C’est notamment le cas de Suzanne Savale.
Suzanne Savale :
Effectivement. Moi, Suzanne Leblon, je suis née en 1904, à Darnétal. Et à 17 ans, j’ai épousé Henri Savale, qui a été soldat pendant la Première Guerre mondiale.
La vie a été rude pour nous, car nous avons perdu nos deux petits-enfants en bas âge.
[Transition musicale.]
Aussi, quand nous avons vu les nazis s’installer chez nous, à Rouen, et nous dicter toutes leurs lois, nous n’avons pas supporté. Nous avons mis toute notre énergie pour leur résister. J’avais alors 36 ans.
Dès 1941, j’ai rejoint le réseau de César Levillain et ma maison a été vite surnommée « le centre de Darnétal ».
Là, j’ai fabriqué des faux papiers, des laissez-passer, des cartes d’identité. Je n’ai pas hésité à cacher tous ces jeunes hommes qui refusaient de partir en Allemagne pour le STO, le Service du travail obligatoire.
De chez moi, j’ai organisé des filières pour passer en Espagne ou en Angleterre. J’ai observé l’ennemi et j’ai fourni des renseignements pour Londres.
[Transition musicale.]
En effet, c’est la Gestapo de Biarritz qui est venue m’arrêter chez moi, à Darnétal, le 29 mai 1943.
Présentatrice 2 :
Malheureusement, l’imprudence d’un jeune réfractaire au STO, arrêté dans le sud de la France, a provoqué l’arrestation et le démantèlement de tout le réseau.
Suzanne Savale :
Et alors là a commencé pour moi une série de transferts d’une prison à une autre. On m’a envoyée à Biarritz, puis au fort du Hâ, à Bordeaux, où j’ai subi d’interminables interrogatoires.
Mes bourreaux ont tenté de me faire parler en me torturant, mais je me suis tue. Je n’ai rien dit.
De retour à Rouen, on m’a confrontée à César Levillain, qui n’était pas en meilleur état que moi.
Là, on m’a condamnée à mort pour espionnage, le 23 octobre 1943. César Levillain a été fusillé.
[Détonation.]
Et moi, à la dernière minute, on m’a déportée en Silésie. C’est en Europe centrale, au sud-ouest de la Pologne, pour travailler dans une usine de lin.
[Bruits de machines.]
Présentatrice 1 :
Les nazis évitaient de condamner à mort des femmes sur le sol qu’ils occupaient, car ils redoutaient que les Français se révoltent. Dans ce cas, ils préféraient déporter les femmes loin de chez elles.
Ils espéraient ainsi qu’elles soient oubliées et qu’elles meurent soit de faim, de froid, de peur ou de maladie.
Suzanne est passée par plusieurs camps de concentration. Elle a été déportée en Pologne, puis en Autriche, à Mauthausen, un des pires camps de concentration.
Le 22 avril 1945, Suzanne est libérée par la Croix-Rouge. Elle retourne chez elle, malade et épuisée.
[Respiration difficile.]
Suzanne Savale :
Trois ans de souffrance… Mais j’ai trouvé encore la force d’écrire tout ce qui m’est arrivé, pour qu’on n’oublie pas tous ceux qui n’ont pas survécu à la torture, aux camps et qui ont été victimes du nazisme.
Présentatrice 2 :
Suzanne a été faite chevalier de la Légion d’honneur et a reçu la Croix de guerre pour son courage.
Elle est un exemple de femme forte et animée par de fortes convictions. Mais elle ne se remet pas de ces années terribles et, sept ans après sa libération, Suzanne meurt.
[Transition sonore.]
Présentatrice 1 :
Et derrière ce podcast, il y a Eliana…
Présentatrice 2 :
… et Juliette, du collège Barbey-d’Aurevilly.
Présentatrice 1 :
Enregistrement : Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage, Chérif Kahn.
Pour ce podcast, nous avons utilisé le Dictionnaire des victimes du nazisme.
Présentatrice 2 :
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Denise Holstein
Née à Rouen en 1927, Denise Holstein a survécu à la déportation à Auschwitz-Birkenau puis Bergen-Belsen après l’arrestation de sa famille juive. Des collégiens de Rouen racontent le destin bouleversant de cette rescapée devenue témoin infatigable de la mémoire de la Shoah.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Le jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier : Eh ben, bouge pas. Ça arrive.
[Bruits d’outils.]
L’ouvrier : Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Début de la musique du générique.]
Voix 1 : Bienvenue dans notre podcast réalisé par des élèves de collège de Rouen.
Voix 2 : Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines.
Voix 3 : Alors, prêts pour l’aventure ?
[Sifflement de train.]
Narrateur 1 : Pendant la Seconde Guerre mondiale, des millions de Juifs ont été déportés dans des camps de concentration et des centres de mise à mort.
Narratrice 1 : Rares sont ceux qui sont revenus et qui en témoignent.
Narrateur 2 : Aujourd’hui, nous allons vous raconter l’histoire de Denise Holstein.
Élève : Denise, pouvez-vous nous parler de votre enfance ?
Denise Holstein : Je suis née à Rouen, le 6 février 1927. Je vis avec mon père, Bernard Holstein, chirurgien-dentiste, ma mère Juliette et mon frère Jean. Nous sommes une famille juive. Mais je ne le savais pas encore, car nous n’étions pas pratiquants.
Narrateur 1 : Après l’exode, en octobre 1940, la famille revient à Rouen, en zone occupée.
Narratrice 1 : Denise reprend alors ses études au lycée Corneille.
Narrateur 2 : Le lycée Jeanne-d’Arc est occupé par les nazis.
[Sonnerie de classe.]
Élève : Ah, là, j’ai maths !
Élève 2 : Même en pleine guerre, impossible d’échapper aux maths !
Narrateur 1 : Le 6 mai 1942, son père est arrêté lors d’une rafle avec soixante-seize autres hommes juifs. Ils sont internés au camp de Drancy.
Narratrice 1 : Il reviendra plus tard, mais la situation deviendra de plus en plus dangereuse.
Narrateur 2 : Le 15 janvier 1943, à vingt et une heures, Denise et ses parents sont arrêtés à leur domicile.
[Coups frappés à une porte.]
Denise Holstein : C’est qui ? C’est qui ?
Policier : Police française !
Narrateur 1 : Tous les Juifs du département de Seine-Inférieure qui s’étaient fait recenser sont rassemblés cette nuit de janvier 1943 dans l’actuel collège Fontenelle.
Narrateur 2 : Puis, au petit matin, ils sont transférés par train à Paris pour être internés au camp de Drancy.
[Sifflement et bruit d’un train.]
Denise Holstein : Le 20 novembre 1943, mes parents sont déportés à Auschwitz-Birkenau.
Narratrice 1 : Ils sont assassinés dès leur arrivée.
Denise Holstein : Mais je ne le savais pas encore. J’étais gravement malade et hospitalisée. Après ma sortie, j’ai été placée dans un orphelinat à Louveciennes, près de Paris.
Narrateur 1 : Mais alors que la fin de la guerre approche, le 31 juillet 1944, Denise est de nouveau arrêtée avec tous les enfants de l’orphelinat.
Denise Holstein : On m’a renvoyée à Drancy, puis déportée avec d’autres enfants dans le convoi numéro 77.
Narratrice 1 : Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, elle arrive à Birkenau.
Narrateur 2 : Elle ment sur son âge et est sélectionnée pour le travail.
Denise Holstein : Je devais survivre.
Narrateur 1 : La guerre touche à sa fin. Les Soviétiques libèrent l’est de l’Europe, tandis que les Américains, les Britanniques et les Canadiens libèrent l’ouest.
Narratrice 1 : Le 31 décembre 1944, Denise est transférée par les nazis, en panique, dans le camp de Bergen-Belsen.
Denise Holstein : Les conditions étaient toujours aussi terribles.
Narrateur 2 : Mais enfin, le 15 avril 1945, le camp est libéré par les Britanniques.
Narratrice 1 : Malheureusement, Denise est très affaiblie, car elle est atteinte du typhus.
Denise Holstein : J’étais en quarantaine. Je ne pouvais pas rentrer chez moi. Mais je me répétais : « Ils ne m’auront pas. Je rentrerai. »
Narrateur 1 : De retour à Paris, elle retrouve sa grand-mère et son frère en juillet 1945.
Narrateur 2 : Des amis de ses parents l’emmènent en vacances à Cayeux-sur-Mer. C’est à ce moment que Denise écrit tout ce qui lui est arrivé durant ses deux années de déportation, pour ne pas oublier.
Narratrice 1 : C’est le manuscrit de Cayeux-sur-Mer.
Narrateur 1 : En 1992, elle témoigne pour la première fois devant une classe de troisième.
Denise Holstein : Je voulais témoigner pour que personne n’oublie. On m’a ensuite invitée dans d’autres établissements, mais aussi à la télévision. Alors, j’ai enregistré mon témoignage. Pour cela, j’ai repris mon manuscrit et j’en ai fait un récit de trente minutes.
[Extrait sonore d’archive.]
Narrateur 2 : En juin 1992, Denise revient à Rouen pour témoigner au collège Barbey-d’Aurevilly.
Narratrice 1 : Elle écrit ensuite son livre, Je ne vous oublierai jamais, mes enfants d’Auschwitz.
Narrateur 1 : Son histoire s’inscrit alors dans un travail de mémoire, pour nous, les élèves, et pour la France.
Narratrice 1 : Son histoire est un devoir de mémoire.
Denise Holstein : Je parle pour ceux qui ne sont jamais revenus.
Narrateur 2 : Denise Holstein est décédée le 16 novembre 2024 à Antibes, à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans.
Narratrice 1 : Jusqu’au bout, elle a témoigné pour que l’on n’oublie pas ce qui s’est passé, pour que l’on reste vigilant et toujours sur nos gardes.
[Musique.]
Générique
Voix 1 : Derrière ce podcast, il y a…
Mathia : Mathia.
Octave : Octave.
Ulysse : Et Ulysse.
Voix 1 : Du collège Barbey-d’Aurevilly.
Voix 2 : Habillage sonore : l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Voix 3 : Montage : Chérif Kahn.
Voix 1 : Bruitages et sons additionnels : lasonotheque.org.
[Fin de la musique.]
Marie Le Masson Le Golft
Écrivaine havraise du XVIIIe siècle, Marie Le Masson Le Golft a défendu l’instruction des filles et combattu l’esclavage, s’illustrant dans des domaines réservés aux hommes. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette savante oubliée, morte démunie à Rouen en 1826.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, ne bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation.]
[Musique du générique.]
Narratrice :
Bienvenue dans notre podcast, réalisé par les élèves du collège de Rouen.
Notre mission : faire vivre la mémoire de plusieurs figures féminines.
Alors, prêts pour l’aventure ?
[Ambiance de cour d’école. Voix et cris d’enfants.]
Narratrice :
Je souhaite vous faire connaître une femme très importante et oubliée : Marie Le Masson Le Golft.
Marie est née le 25 octobre 1749 au Havre, dans une famille aisée, et elle est décédée le 3 janvier 1826, à 76 ans, démunie, à Rouen.
C’est la première et seule femme écrivaine au Havre de son époque, du moins selon nos connaissances.
Elle a passé sa vie à défendre l’instruction des jeunes filles et elle s’est battue contre l’esclavage, qui était alors pratiqué dans les colonies.
Elle s’est intéressée à l’histoire, l’astronomie, la géographie, la biologie, le dessin et bien d’autres matières encore.
Elle voulait découvrir le monde qui l’entourait. Mais il faut savoir qu’à cette époque, tous ces domaines étaient généralement réservés aux hommes.
Remontons au XVIIIᵉ siècle pour interviewer Marie Le Masson Le Golft.
[Bruitages évoquant un voyage dans le temps.]
Intervieweuse :
Bonjour, mademoiselle. Pourrais-je vous poser quelques questions sur votre carrière ?
Marie Le Masson Le Golft :
Bonjour. Allez-y, je vous en prie. Je suis tout ouïe.
Intervieweuse :
On m’a rapporté que vous étiez une femme attachée à la transmission du savoir, même auprès des filles qui en sont habituellement écartées.
Marie Le Masson Le Golft :
Effectivement.
Intervieweuse :
Première question : où avez-vous fait vos études ?
Marie Le Masson Le Golft :
J’ai eu la chance d’avoir dans mon entourage des personnes très instruites et généreuses. Ce sont elles qui m’ont donné le goût des études et de la recherche.
De ce fait, j’ai été admise à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen. Mes travaux ont été reconnus par des esprits éclairés de notre région.
J’ai ainsi réussi à démontrer que les connaissances n’étaient pas réservées qu’aux hommes.
Intervieweuse :
Toutes mes félicitations pour avoir réussi à entrer dans cette académie. Avez-vous écrit des livres ?
Marie Le Masson Le Golft :
Oui, j’en ai écrit quelques-uns.
Avez-vous lu mon Entretien sur Le Havre, rédigé en 1781, ou Balance de la nature, écrit en 1784, ou mes Lettres relatives à l’éducation, en 1788 ?
J’ai également réalisé une Esquisse d’un tableau général du genre humain en 1787.
Intervieweuse :
Oh, je n’ai pas encore lu tous vos ouvrages, mais je prendrai le temps de les lire.
Vous êtes vraiment très polyvalente. Merci beaucoup pour toutes vos réponses. Votre travail est admirable.
Marie Le Masson Le Golft :
Ce fut un plaisir de vous rencontrer. Cependant, je dois retrouver mes élèves qui m’attendent.
Intervieweuse :
Il est temps pour nous de retourner en 2026.
[Bruitages évoquant un nouveau voyage dans le temps.]
Narratrice :
Marie Le Masson Le Golft nous prouve que la curiosité et l’intelligence n’ont pas de genre.
On se souvient d’elle comme d’une femme qui a fait ce que font les hommes de son époque.
[Musique.]
Narratrice :
Et derrière ce podcast, il y a Blanche et Alice, du collège Barbey-d’Aurevilly.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel et, au montage, Chérif Kahn.
Avec l’aide de Wikipédia et d’un reportage de France 3 : 500 ans du Havre, portrait de Marie Le Masson Le Golft.
Si notre podcast a attiré votre curiosité sur ce sujet, nous vous encourageons à approfondir vos recherches.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Musique de fin.]
Femmes rouennaises inspirantes, collège Boieldieu

Dans le cadre des Débats des mémoires de la ville de Rouen, quatre collèges rouennais se sont mobilisés pour donner vie à 42 podcasts courts, conçus pour le grand public et plus particulièrement pour les plus jeunes. Cette collection invite à (re)découvrir, à travers des voix multiples, les parcours vivants et inspirants de femmes rouennaises qui ont marqué l’histoire de la ville.
Diana Armengol Markarian
Sociologue et militante, Diana Armengol Markarian s’est engagée à Rouen contre la guerre d’Algérie, pour le Mouvement de libération des femmes et à la présidence de la Ligue des droits de l’Homme. Des collégiens racontent le destin de cette figure des combats pour l’émancipation.
[Bruit de perceuse et de travaux. ]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah, bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation. ]
[Musique. Ambiance de manifestation, applaudissements et slogans scandés par une foule. ]
Sarah :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Sarah.
Aujourd’hui, on fait un bond dans les années 1960. Imaginez une époque de grands changements, où la jeunesse descend dans la rue pour refaire le monde.
Pas de hashtags sur les réseaux, pas de pétitions en ligne sur un smartphone. Non. Pour se faire entendre, il fallait donner de la voix, de la vraie.
Et au milieu de ce grand vent de liberté, une femme va devenir le cauchemar des injustices à Rouen.
[Transition sonore. ]
Diana Armengol Markarian :
Eh ouais ! On n’avait pas de connexion 5G, mais on avait des connexions humaines en béton armé.
Sarah :
Ah ! Mais vous êtes là ?
Diana Armengol Markarian :
Toujours fidèle à mes engagements. Diana Armengol Markarian, pour vous servir.
Sarah :
Installez-vous confortablement.
Diana Armengol Markarian est née en 1942 et nous a quittés récemment, le 6 mai 2022.
Sociologue de formation, c’est-à-dire une spécialiste de l’étude des comportements de la société, elle va passer sa vie entière à défendre le domaine des droits humains et de la politique à Rouen.
Diana Armengol Markarian :
Sociologue ? Ah oui ! Autant vous dire que j’analysais la société au microscope. Et franchement, dans les années 1960, il y avait pas mal de boulot pour dépoussiérer les mentalités.
Sarah :
C’est clair.
Engagée depuis sa jeunesse, elle commence ses premiers combats dans les années 1960, en militant activement contre la guerre d’Algérie. Rien ne lui fait peur.
Mais le véritable tournant de sa vie à Rouen, c’est son double combat pour l’émancipation des femmes et la justice humaine.
[Ambiance de manifestation. Une foule scande des slogans. ]
[Chant militant collectif. ]
Sarah :
Diana participe activement à la création du Mouvement de libération des femmes, le fameux MLF.
Et elle joue un rôle absolument crucial dans le développement du planning familial à Rouen.
Diana Armengol Markarian :
C’était une révolution. Permettre aux femmes de décider pour leur propre corps et leur propre vie, c’était la base.
Demain, les pages sombres de l’inégalité seront tournées.
Sarah :
Et elle ne s’arrête pas là.
Son dévouement total l’amène à devenir la présidente de la section rouennaise de la Ligue des droits de l’Homme.
Elle marquera profondément les esprits de tous les Rouennais par sa force et sa dévotion.
Elle a passé sa vie à construire des ponts et à défendre les libertés face aux préjugés. Un peu comme si elle passait sa vie au Panthéon des droits.
Diana Armengol Markarian :
Euh, Sarah… Tu as dit « Panthéon » ou « pantalon » ? Parce que la Ligue des droits de l’Homme en pantalon, c’est tout de suite plus confortable pour manifester.
Sarah :
Oups ! Un petit jeu de mots au passage. Ma langue a fourché.
Diana Armengol Markarian :
Bon, mon fantôme doit vous laisser. J’ai une réunion au sommet pour les droits humains dans l’au-delà.
Ne lâchez rien, les jeunes !
[Transition sonore. ]
Sarah :
Merci, Diana.
Diana Armengol Markarian mérite de rester gravée dans nos mémoires, car elle a dédié chaque instant de sa vie à rendre notre monde plus juste et plus égalitaire.
Elle a tracé le chemin pour nos générations.
[Applaudissements. ]
Générique
Voix 1 :
Derrière ce podcast, il y a Abou Foutia…
Voix 2 :
… et Sarah.
Voix du générique :
Enregistrement : Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Bruitages et sons additionnels : lasonotheque.org.
Germaine Chéron
Fleuriste rouennaise engagée dans la Résistance, elle organisa en pleine Occupation l’évasion de onze soldats britanniques avant d’être déportée à Ravensbrück. Des élèves du collège Camille-Claudel font revivre Germaine Chéron, figure discrète et courageuse de la Résistance rouennaise.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben… bouge pas, ça arrive.
[Bruits de perceuse et de fixation.]
Ouvrier :
Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Musique du générique.]
[Sonnerie.]
[Bruit de pages ou de cartes que l’on manipule.]
Aïssa :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Aïssa.
Aujourd’hui, on part en pleine Seconde Guerre mondiale, sous l’Occupation allemande.
Vous imaginez des espions avec des lunettes noires, des costumes chics et des gadgets high-tech ? Oubliez ça.
Notre espionne du jour, son arme secrète, ce sont les bégonias et les tulipes.
Bienvenue dans la boutique d’une fleuriste rouennaise pas comme les autres.
[Transition sonore.]
Germaine :
Chut, moins fort ! Les murs ont des oreilles. Tu vas nous faire repérer par la Gestapo.
Aïssa :
Oups, pardon. Vous êtes là, Germaine ?
Germaine :
Toujours au poste ! Germaine Chéron, née à Cany, épouse Lambial, pour vous servir.
[Transition musicale.]
Aïssa :
Germaine est née en 1906.
Pendant la guerre, elle tient sa boutique de fleuriste rue des Carmes, en plein cœur de Rouen.
Une vie tranquille en apparence. Sauf que Germaine refuse de baisser les yeux devant l’occupant. Elle décide de s’engager activement dans la Résistance.
Germaine :
Servir des clients polis, c’est bien. Mais chasser les nazis, c’est mieux.
Et puis, entre nous, le vert-de-gris de leurs uniformes, ça jurerait trop bien avec la couleur de mes roses.
[Transition musicale.]
Aïssa :
C’est clair, pas terrible pour le fil Instagram de la boutique.
Germaine rejoint alors un groupe ultra-secret : le réseau d’évasion Pat O’Leary.
Son but : sauver des soldats alliés.
Le moment clé de son histoire se déroule au camp du Madrillet, près de Rouen.
[Bruits de pas, de clôture et de chiens qui aboient.]
[Transition sonore.]
Aïssa :
Un capitaine et dix soldats britanniques y sont internés. Ils risquent la mort.
Germaine met alors au point un plan d’évasion digne d’un jeu vidéo d’infiltration ou de la série Prison Break.
Oups, on s’égare.
Avec l’aide de deux amis très courageux, elle réussit à faire sortir les onze militaires du camp.
[Transition musicale.]
Germaine :
Onze hommes recherchés par toutes les polices allemandes… Je peux vous dire que ce n’était pas une petite commande de fleurs.
[Transition musicale.]
Aïssa :
C’est clair.
Elle ne se contente pas de les cacher à Rouen. Elle prend tous les risques et les conduit elle-même à travers la France occupée, jusqu’au consulat anglais de Lyon, en zone libre.
Une mission réussie à cent pour cent.
Malheureusement, la vie de résistante est dangereuse. En 1943, Germaine est arrêtée.
[Détonation et transition dramatique.]
Aïssa :
Elle est déportée dans l’enfer du camp de Ravensbrück.
Mais Germaine a une force incroyable. Elle survit.
[Transition musicale.]
Germaine :
Je suis revenue à Rouen en 1945 et j’ai même reçu la Légion d’honneur.
Pas mal pour une fleuriste, non ?
Allez, je vous laisse, mes plantes m’attendent.
Aïssa :
Merci, Germaine.
Elle s’est éteinte en 2001, à l’âge de 95 ans.
Si elle mérite son banc de la mémoire à Rouen, c’est parce qu’elle incarne le courage absolu des civils qui ont tout risqué pour la liberté.
[Musique de fin.]
[Sonnerie.]
Aïssa :
Derrière ce podcast, il y a Aïssa et…
Firdaous :
Firdaous.
Aïssa :
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage par Chérif Kahn.
Pour les bruitages et les sons additionnels : lasonotheque.org.
[Musique de clôture.]
Catherine Bernard
Née à Rouen en 1663, Catherine Bernard fut poétesse, romancière et dramaturge, couronnée trois fois par l’Académie française. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette autrice au succès effacé par Voltaire, qui s’appropria sa tragédie Brutus sans jamais la citer.
[Ambiance de chantier. Bruit de perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et… la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation.]
[Transition sonore. Musique.]
Mufutchia :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Mufutchia.
Aujourd’hui, on sort les perruques poudrées et les carrosses. On part au XVIIe siècle, à l’époque de Louis XIV.
Imaginez un monde où les filles n’ont pas le droit de faire de longues études. Sauf que notre héroïne du jour a décidé d’utiliser sa plume pour tout faire basculer.
Mais attention : dans l’ombre, un très célèbre écrivain se prépare à lui voler son travail.
[Effet sonore inquiétant.]
Imen :
Un voleur, oui ! Un pilleur de génie ! J’espère que tu vas balancer son nom, Mufutchia !
Mufutchia :
Oh ! Mais vous êtes là ?
Catherine Bernard :
Toujours là quand il faut régler des comptes. Catherine Bernard, pour vous servir.
Mufutchia :
Installez-vous confortablement, je vous raconte tout.
Catherine est née à Rouen en 1663. Elle est poétesse, romancière et dramaturge.
À seulement 17 ans, l’âge où l’on passe le code, voire le permis, elle publiait déjà son premier roman, Frédéric de Sicile.
Imen :
Waouh !
Catherine Bernard :
Eh ouais, pas le temps de blaguer ! J’écrivais tellement bien que j’ai même été couronnée trois fois par la prestigieuse Académie française.
[Applaudissements.]
Mufutchia :
Bref, à l’époque, c’était une véritable star de la littérature.
Le moment le plus fort de sa vie, c’est son immense succès au théâtre avec sa tragédie Brutus, écrite en 1690. Le public adore.
Mais l’histoire devient dingue quelques années après sa mort.
[Transition sonore.]
En 1730, un jeune auteur très ambitieux présente sa propre pièce, appelée…
[Silence dramatique.]
Cet auteur, c’est Voltaire.
[Effet sonore dramatique. Musique.]
Dès les premières représentations, le public hallucine. Les répliques, l’intrigue, les meilleures scènes… Voltaire a presque tout copié-collé sur la pièce de Catherine Bernard. C’est le plagiat du siècle !
Catherine Bernard :
Le culot absolu ! Il s’est totalement inspiré de mon travail sans jamais me citer ni écrire mon nom.
Mufutchia :
Et le pire, c’est la défense de Voltaire.
Attaqué par les critiques, il est tellement embarrassé qu’il va inventer un énorme mensonge. Il prétend que la pièce n’a jamais été écrite par Catherine, mais par un homme : son ami Fontenelle.
Pour Voltaire, c’était moins humiliant d’avouer qu’il avait volé l’œuvre d’un homme plutôt que celle d’une femme.
En refusant de la nommer, il a carrément effacé Catherine de l’histoire du théâtre pendant des siècles.
Catherine Bernard :
Heureusement, la vérité finit toujours par éclater. Justice pour mon Brutus ! Allez, salut les jeunes !
Mufutchia :
Merci, Catherine.
Elle s’est éteinte en 1712. Si elle mérite d’être retenue dans nos mémoires, c’est pour son talent immense, mais aussi pour qu’on lui rende enfin ce qui lui appartient.
[Applaudissements.]
Et si vous voulez en savoir plus sur cette injustice historique, vous pouvez regarder le court reportage d’Arte : Cherchez la femme : Catherine Bernard, qui explique parfaitement comment Voltaire a tenté de faire disparaître son nom de l’histoire du théâtre.
[Musique de générique.]
Derrière ce podcast, il y a Mufutchia et…
Imen :
Imen.
Mufutchia :
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Fin de la musique.]
Mathilde L’Emperesse
Fille d’Henri Ier Beauclerc et impératrice du Saint-Empire, Mathilde l’Emperesse mena vingt ans de guerre pour reconquérir la Normandie et l’Angleterre. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette bâtisseuse, à qui la ville doit son premier pont de pierre.
[Bruit de perceuse et de travaux]
Le jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais là ?
L’ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive.
[Bruits d’outils et de perçage]
L’ouvrier :
Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Générique musical]
Présentation
Aïssa :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Aïssa.
Aujourd’hui, on fait un immense bond en arrière, direction le douzième siècle. Oubliez vos écouteurs sans fil, on enfile une armure.
Imaginez une époque où le pouvoir est une affaire exclusive de seigneurs barbus à grosse voix. Sauf qu’une femme va débarquer et faire trembler toute l’Europe en disant :
Mathilde l’Emperesse :
Poussez-vous, les garçons. C’est moi la boss.
Mathilde l’Emperesse :
Et croyez-moi, je ne rigolais pas avec la discipline. Un royaume, ça se dirige à la baguette, pas en envoyant des cœurs sur les réseaux sociaux.
Aïssa :
Ah, mais vous êtes là, Votre Majesté ?
Mathilde l’Emperesse :
Évidemment. On parle de pouvoir et de la Normandie. Je ne pouvais pas rater ça. Mathilde l’Emperesse, pour vous servir.
La vie de Mathilde l’Emperesse
Aïssa :
Installez-vous confortablement.
Mathilde l’Emperesse vit entre 1102 et 1167. Née en Angleterre, elle n’est pas n’importe qui. C’est la fille de l’héritier Henri Ier Beauclerc et, pour couronner le tout, elle devient l’épouse de l’empereur du Saint-Empire.
Mathilde l’Emperesse :
D’où mon surnom « l’Emperesse », s’il vous plaît. Un peu plus classe qu’un simple pseudo de gamer, non ?
Aïssa :
Carrément.
Sauf qu’à la mort de son père, son cousin Étienne de Blois lui pique sa couronne d’Angleterre.
Pas très sympa, le cousin.
La réaction de Mathilde ? Elle ne va pas bouder dans son coin ou pleurer sur son canapé. Non. Elle déclare la guerre.
Le moment clé de sa vie, c’est une incroyable guerre de vingt ans contre son cousin Étienne.
[Cri de guerre et bruitages de combat]
Vingt ans de combats acharnés.
Au terme de cette guerre interminable, Mathilde réalise un exploit : elle parvient à récupérer la Normandie et l’Angleterre pour son fils.
Devenue régente du duché normand, elle décide de passer ses dernières années à Rouen.
Le pont de pierre de Rouen
Aïssa :
Et là, elle se dit que la ville manque cruellement d’infrastructures.
[Bruitages de chantier et de construction]
Elle prend une décision historique : elle fait construire à Rouen le tout premier pont de pierre de la ville.
Il est construit exactement à l’emplacement actuel du pont Boieldieu.
Et ce pont était tellement solide qu’il a été utilisé pendant près de cinq siècles.
Mathilde l’Emperesse :
Cinq cents ans ! Quand je vois que vos ponts modernes sont parfois en travaux tous les deux mois, je me dis que mes maçons médiévaux avaient une sacrée technique.
Aïssa :
C’est pas faux. Vous étiez une sacrée bâtisseuse.
Mathilde l’Emperesse :
Bon, mon fantôme doit retourner inspecter les remparts dans l’au-delà. Soyez forts, les jeunes.
Aïssa :
Merci, Mathilde.
L’héritage de Mathilde
Aïssa :
À sa mort, en 1167, elle est inhumée directement dans la prestigieuse cathédrale de Rouen.
Aujourd’hui encore, la ville ne l’a pas oubliée. Une rue, un pont et même une clinique portent son nom à Rouen.
Elle mérite totalement de rester gravée dans nos mémoires pour son courage politique et militaire exceptionnel.
[Musique de conclusion]
Crédits
Aïssa :
Derrière ce podcast, il y a Aïssa et…
Sarah :
Sarah.
Voix des crédits :
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Yvonne Dissoubray
Professeure et résistante née près d’Aumale, Yvonne Dissoubray a organisé la résistance des femmes au sein du Front national puis de l’UFF avant de devenir conseillère municipale de Rouen. Des collégiens racontent le destin de cette enseignante au courage héroïque, arrêtée puis révoquée par l’occupant.
[Bruit de perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation]
[Générique musical]
[Sonnerie, puis bruits de pas]
Imène :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Imène.
Aujourd’hui, on plonge dans les heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation allemande.
Imaginez le quotidien d’une enseignante. On pourrait penser qu’entre les corrections de copies et les cours, elle n’a pas le temps de s’occuper de politique.
Sauf que notre héroïne du jour mène une double vie digne d’un film de super-héros. Le jour, elle enseigne. La nuit, elle organise la révolte.
[Effet sonore mystérieux]
Yvonne :
Et croyez-moi, corriger les injustices de l’occupant nazi, c’était encore plus urgent que de corriger les fautes de mes élèves.
Imène :
Ah ! Mais vous m’avez fait peur ! Vous êtes là, Yvonne ?
Yvonne :
Toujours prête à résister. Yvonne Dissoubray, pour vous servir.
Imène :
Installez-vous confortablement.
Yvonne Dissoubray vit entre 1909 et 1996. Née près d’Aumale, elle devient professeure du second degré. Mais dès 1941, elle refuse de rester les bras croisés face à l’envahisseur.
Avec sa sœur Madeleine, elle s’engage dans l’action clandestine et adhère au Parti communiste clandestin. Mieux encore, elle devient la responsable des femmes résistantes au sein du Front national de lutte pour la libération.
[Transition musicale]
Yvonne :
On gérait les réseaux, les tracts, le courage au quotidien. Bref, on n’avait vraiment pas le temps de scroller sur TikTok ou de poster nos actions sur Insta.
Imène :
Pas forcément : c’était top secret. Et puis, ce combat était extrêmement risqué.
Le moment de bascule de son histoire se passe en pleine guerre.
[Bruits de guerre et d’explosion]
[Bruits de serrure et de chaînes]
Imène :
Le 6 janvier 1943, c’est le drame. Yvonne est arrêtée par les autorités. Elle est révoquée de son poste de professeure et condamnée à deux mois de prison.
Mais si vous pensez qu’elle a baissé les bras après sa libération, c’est que vous ne la connaissez pas.
À sa sortie, elle plonge immédiatement dans la clandestinité totale. Elle prend la direction de la résistance des femmes au sein de l’Union des femmes françaises, l’UFF.
[Transition musicale]
Après la Libération, elle revient à Rouen. Elle y devient secrétaire départementale de l’UFF en Seine-Inférieure et présidente d’une association de résistants.
Mieux encore, elle s’engage en politique pour sa ville et se fait élire conseillère municipale de Rouen, de 1953 à 1959.
[Transition musicale]
Quel parcours incroyable, Yvonne ! Vous avez lutté sur tous les fronts pour la liberté. C’est le genre d’engagement citoyen qui mérite le respect de la nation tout entière.
[Transition musicale]
Yvonne :
Bon, mon fantôme doit retourner donner des cours de citoyenneté là-haut. Ne laissez jamais personne confisquer votre liberté, les jeunes.
[Transition musicale]
Imène :
Merci, Yvonne.
Yvonne Dissoubray termine sa belle carrière d’enseignante au lycée Marcel-Sembat de Sotteville-lès-Rouen et s’éteint en 1996.
Elle mérite totalement de rester gravée dans nos mémoires pour son courage héroïque face au danger et son dévouement pour Rouen.
[Générique musical]
Imène :
Derrière ce podcast, il y a Imène et…
Sarah :
Sarah.
Imène :
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage par Chérif Kahn.
Sarah :
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Fin du générique musical]
Françoise Breton
Photographe installée à Rouen au XIXe siècle, Françoise Breton devient en 1857 la première femme française admise à la Société française de photographie et expose avec succès à Paris et Londres. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette pionnière de l’image, entre technique et passion artistique.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah… bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et d’outils.]
[Début de la musique.]
Moufoutcha :
Salut les aventuriers de l’histoire, c’est Moufoutcha.
Aujourd’hui, on plonge dans le Rouen du XIXᵉ siècle. Imaginez un monde en noir et blanc. Mais genre, vraiment en noir et blanc, parce que les filtres Insta n’existaient pas.
Oh my God !
Et au milieu de ce monde d’hommes en chapeau haut-de-forme, une femme va tout basculer grâce à une boîte en bois magique.
[Effet sonore mystérieux.]
Françoise Breton :
Une boîte en bois magique ? Mais non, mais s’il te plaît, Moufoutcha ! C’est une chambre photographique. Un peu de respect pour la technologie !
Moufoutcha :
Ah, mais vous êtes qui, vous ?
Françoise Breton :
Le fantôme de ton épisode, pardi ! Françoise Breton, pour vous servir.
Moufoutcha :
Waouh, la classe !
Bon alors, reprenons.
Françoise Breton, dite Madame Breton, est née en 1809 à Vienne. Rien à voir avec l’Autriche.
[Effet sonore.]
On parle de Vienne, en Isère. Mais c’est à Rouen qu’elle va passer de nombreuses années.
Françoise Breton :
Ah, quelle ville magnifique ! J’ai tout de suite eu un coup de foudre pour ses vieilles rues et sa lumière. Enfin, quand il ne pleuvait pas, bien sûr. Ce qui reste rare en Normandie.
Moufoutcha :
C’est pas faux.
À cette époque, la photographie vient à peine d’être inventée. C’est le tout début.
Et devinez quoi ? En 1857, Françoise réalise un exploit unique. Elle devient la toute première femme française inscrite à la prestigieuse Société française de photographie.
[Ambiance de salle et brouhaha.]
Françoise Breton :
Eh ouais ! Les mecs de l’époque pensaient que c’était trop lourd et trop technique pour une femme. Je leur ai montré de quel bois je me chauffais.
Moufoutcha :
Nous voilà en 1857.
[Ambiance de rue ancienne. Bruits de sabots, de roues et de circulation.]
Françoise se promène dans Rouen avec son énorme appareil photo de plusieurs kilos sur le dos. Pas de smartphone dans la poche : il faut transporter des plaques de verre et des produits chimiques ultra dangereux.
[Bruit de liquide bouillonnant.]
Françoise Breton :
Je peux te dire que j’avais des muscles en béton, à force de porter tout ça !
Moufoutcha :
Elle shoote les monuments, capture l’âme de Rouen dans des clichés sublimes.
Mais Françoise ne s’arrête pas là. Elle prend ses valises et ses photos sous le bras et part conquérir le monde.
[Extrait musical chanté en anglais.]
Voix chantée :
In this 2026, are we gonna survive ?
Moufoutcha :
Elle expose ses œuvres à Paris, puis traverse la Manche pour exposer à Londres.
[Ambiance d’exposition. Brouhaha.]
[Applaudissements.]
Et là, c’est le triomphe.
À Londres, elle reçoit une immense récompense pour son travail. C’est un moment crucial.
Pourquoi ? Parce qu’elle prouve au monde entier qu’une femme peut être une artiste accomplie et une pionnière technologique reconnue internationalement.
Françoise Breton :
Bon, c’est pas tout, mais mon fantôme doit retourner développer ses clichés dans l’au-delà. Salut les jeunes !
[Musique.]
Moufoutcha :
Merci, Madame Breton.
Françoise s’est éteinte en 1895, mais elle mérite tellement de rester gravée dans nos mémoires.
Elle a ouvert la voie à toutes les femmes artistes et photographes d’aujourd’hui. Sans elle, le Rouen du XIXᵉ siècle n’aurait pas le même visage.
Pour en savoir plus sur elle, courez voir ses clichés incroyables, conservés dans les archives historiques de la ville.
[Bruit de déclencheur photographique.]
Derrière ce podcast, il y a Moufoutcha et Aïssa.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org, créé par Joseph Sardin.
[Musique de fin.]
Irène Hermel
Figure incontournable du quartier Grammont à Rouen, Irène Hermel s’est dévouée au sport, au secourisme et à la vie locale comme conseillère municipale de 1977 à 1989.
Irène Hermel, une aventurière de l’histoire
Dialogue d’introduction
[Bruit d’une perceuse et de travaux. ]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah, bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perçage et de pose de la plaque. ]
[Musique. Bruits d’un match : coups de sifflet, ballon, encouragements et applaudissements du public. ]
Présentation
Imen :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Imen.
Aujourd’hui, on met ses baskets, on enfile un maillot et on part explorer la vie de quartier à Rouen dans les années 1960, 1970 et 1980.
Imaginez une époque où, pour faire bouger son quartier, on ne lançait pas un groupe WhatsApp ou une pétition sur les réseaux sociaux. Non. Il fallait donner de son temps, s’impliquer dans les écoles, entraîner les jeunes le week-end et s’investir à 200 %.
Et notre héroïne du jour, c’est tout simplement le couteau suisse de la solidarité et du sport à Rouen.
Irène :
Et je peux vous dire qu’avec moi, les jeunes filent droit. Pas le temps de flemmarder sur le canapé. Tout le monde sur le terrain !
Imen :
Oh ! Bonjour, Irène. Quelle énergie !
Irène :
Toujours sur le pont. Irène Hermel, pour vous servir.
Une figure incontournable du quartier Grammont
Imen :
Installez-vous confortablement.
Irène Hermel naît à Rouen en 1928. En 1961, elle s’installe dans un endroit qui va devenir son royaume : le quartier Grammont.
Elle y devient une figure incontournable. Elle est partout : présidente du comité de quartier, vice-présidente de l’association de la Sablière et membre hyperactive du conseil des écoles Honoré-de-Balzac et des collèges Albert et Alexis-Carrel.
Irène :
Quand on veut que la vie soit plus belle pour les enfants et les habitants, il faut s’engager sur tous les fronts. L’éducation, la culture, l’entraide : rien ne doit être laissé de côté.
Un engagement au service de la jeunesse
Imen :
Le moment fort de sa vie, c’est son dévouement absolu pour la jeunesse, le secourisme et la politique locale.
Par exemple, elle prend la présidence de l’Union sportive Grammont.
[Bref effet sonore. ]
Mais ce n’est pas tout. En tant qu’institutrice départementale de la Croix-Rouge, Irène accomplit une mission impressionnante : elle forme personnellement des centaines de secouristes militaires.
Une vraie cheffe institutrice !
[Effet sonore de fanfare. ]
Son action à la mairie de Rouen
Imen :
Son dévouement se poursuit ensuite à la mairie de Rouen, où elle est élue conseillère municipale de 1977 à 1989.
Là-bas, elle participe activement à trois commissions qui lui tiennent à cœur : l’action sociale, le sport et la qualité de vie.
Le 1er janvier 1983, pour la récompenser de tous ses efforts, l’État lui décerne la médaille de bronze de la Jeunesse et des Sports.
Irène :
Mon fantôme doit retourner arbitrer un match de football intergalactique là-haut. Bougez-vous, faites du sport et prenez soin de votre quartier, les jeunes !
Imen :
Merci, Irène.
Un héritage toujours présent
Imen :
Irène Hermel nous a quittés en 1991.
Et la plus belle des récompenses est arrivée quelques années plus tard, en 2017.
À la suite d’une grande consultation citoyenne auprès des Rouennais, le stade de football du quartier Grammont a été officiellement baptisé à son nom.
Preuve qu’elle a marqué les esprits pour toujours.
[Musique de conclusion, puis applaudissements et acclamations. ]
Générique
Imen :
Derrière ce podcast, il y a Imen et…
Aïssa :
Aïssa.
Voix du générique :
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Juliette Decroix
Professeure honoraire au lycée de jeunes filles de Rouen, Juliette Decroix, née Yver, fonde après 1918 la section rouennaise de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette pacifiste engagée dans les grands mouvements internationaux de l’entre-deux-guerres racontent le destin de cette infatigable bâtisseuse de solidarités, à qui le stade Grammont doit son nom.
[Bruit d’une perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben… bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation]
[Début de la musique du générique]
Sarah :
Salut les aventuriers de l’histoire, c’est Sarah.
Aujourd’hui, on s’intéresse à l’entre-deux-guerres, une période complexe où les tensions grondent un peu partout en Europe.
Imaginez un monde où la guerre semble être la seule réponse des dirigeants politiques. Pas d’application de messagerie instantanée ou de forum mondial sur smartphone pour appeler à la paix en un clic.
Pour refuser la violence, il fallait un courage immense, prendre la parole publiquement et fonder des organisations internationales.
Et notre héroïne du jour a décidé de faire de la paix le combat absolu de sa vie.
[Effet sonore fantastique]
Juliette Decroix :
Et croyez-moi, enseigner l’histoire ou les lettres, c’est bien. Mais militer pour éviter que la jeunesse ne finisse dans les tranchées, c’était ma priorité absolue.
Sarah :
Oh ! Bienvenue parmi nous, Juliette.
Juliette Decroix :
Merci. Juliette Decroix, née Yver, pour vous servir.
Sarah :
Installez-vous confortablement.
Juliette de Croix naît en 1872. Elle mène une brillante carrière dans l’enseignement et devient professeure honoraire au lycée de Rouen, le célèbre lycée de jeunes filles de la ville.
Intellectuelle respectée, son domaine de prédilection est l’éducation et, surtout, le militantisme politique international.
Juliette de Croix :
En tant qu’enseignante, je voyais l’avenir de la société dans mes classes. Je ne pouvais pas rester les bras croisés à regarder le militarisme grandir sans rien faire.
Sarah :
Le moment clé de sa vie se déroule au lendemain de la Première Guerre mondiale, lorsqu’elle décide d’organiser la résistance pacifique directement à Rouen.
[Bruits de foule et de manifestation]
Sarah :
Pacifiste convaincue, elle défend ses positions en créant bénévolement la section rouennaise de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté.
C’est un engagement majeur qui connecte Rouen aux grands mouvements féministes et pacifistes mondiaux.
Elle ne s’arrête pas là et multiplie les adhésions pour donner du poids à ses idées.
Elle rejoint la Ligue internationale des combattants de la paix, ainsi que le Rassemblement international contre la guerre et le militarisme, le Rigm.
Juliette Decroix :
Il fallait que les femmes prennent la parole. Les hommes politiques préparaient la guerre. Nous, nous construisions la paix en jetant les bases d’une entente internationale solide.
Sarah :
Face à la montée des périls, Juliette de Croix utilise sa plume, ses cours et son réseau pour propager des idées de tolérance et de désarmement, marquant profondément l’histoire militante de la Normandie.
Juliette Decroix :
Bon, mon fantôme doit retourner distribuer des messages d’espoir là-haut. Prenez soin de la liberté et refusez la haine, les jeunes.
Sarah :
Merci, Juliette.
Elle mérite totalement de rester dans nos mémoires, car elle incarne le courage et le refus de la fatalité de la guerre.
[Applaudissements et acclamations]
[Musique de fin]
Sarah :
Derrière ce podcast, il y a Sarah et…
Yufuchia :
Yufuchia.
Sarah :
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier Mao du collège Camille-Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Pauline Rebour
Enseignante devenue avocate, Pauline Rebour milite dès 1900 pour les droits des femmes à Rouen, fonde la Société féministe du Havre et écrit dans le journal La Française. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette pionnière, faite chevalier de la Légion d’honneur en 1937.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Le jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier :
Eh ben… ne bouge pas, ça arrive.
[Bruits de perçage et de fixation.]
L’ouvrier :
Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Musique douce. Bruits d’écriture, puis applaudissements d’une foule.]
Mufutia, narratrice :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Mufutia.
Aujourd’hui, on fait un bond au tout début du XXᵉ siècle. Imaginez un monde où les femmes n’ont pas le droit de voter, pas le droit d’avoir un compte en banque et encore moins le droit de plaider au tribunal.
C’est l’époque où les hommes pensent que la place d’une femme est uniquement à la maison. Sauf que notre héroïne du jour a décidé d’ouvrir grand les fenêtres et de faire souffler un vent de justice.
Pauline Rebour :
Et croyez-moi, quand j’avais une idée en tête, aucun préjugé ne pouvait m’arrêter. Pas le temps de regarder des vidéos sur les réseaux sociaux : il y avait des lois à changer !
Mufutia :
Ah, mais vous êtes là, Pauline !
Pauline Rebour :
Présente et prête à plaider ma cause. Pauline Rebour, née Boyer-Vall, pour vous servir.
Mufutia :
Installez-vous confortablement.
Pauline Rebour vit entre 1871 et 1956. Née dans la Manche, elle commence sa carrière dans l’enseignement. Elle devient enseignante au Havre, puis à Rouen.
Autant vous dire qu’elle maîtrise l’art de faire taire une classe bavarde en un seul regard.
[Ambiance de salle de classe. Brouhaha d’élèves.]
Pauline Rebour :
Ah ! Faire respecter la discipline à des élèves, c’était un excellent entraînement avant d’affronter les tribunaux et les assemblées d’hommes.
Mufutia :
C’est clair ! Mais Pauline veut aller beaucoup plus loin que les salles de classe. Elle s’engage à fond dans le domaine des droits des femmes et du progrès féminin.
Le moment clé de sa vie à Rouen se déroule en 1900.
[Ambiance de salle et de public.]
Pauline monte sur scène à Rouen pour donner une conférence historique et percutante sur la condition féminine. Elle y dénonce les inégalités avec une force incroyable.
[Chant choral.]
Elle ne s’arrête pas là. Elle fonde la Société féministe du Havre et prend la plume pour rédiger des articles percutants dans La Française, le célèbre journal du progrès féminin.
Pauline Rebour :
Demain, les pages sanglantes de notre justice patriarcale seront tournées. Il fallait que notre voix soit lue et entendue partout.
[Transition musicale.]
Mufutia :
Et le point culminant de son combat, c’est qu’elle change carrément de vie. Elle passe de la craie d’école à la robe noire et devient officiellement avocate.
Une immense victoire dans un milieu ultra-masculin !
Pour son engagement exceptionnel, elle reçoit la plus haute distinction en 1937. Elle devient chevalier de la Légion d’honneur.
[Sonnerie ou fanfare solennelle.]
Pauline Rebour :
Bon, mon fantôme doit vous laisser. J’ai un dossier urgent à plaider pour l’égalité dans l’au-delà. Continuez à vous battre, les jeunes !
Mufutia :
Merci, Pauline !
Elle s’est éteinte en 1956, mais elle mérite totalement de rester dans nos mémoires, car elle a ouvert les portes du droit et de la justice à toutes les femmes de notre pays.
Derrière cette aventure et ce micro, c’est votre équipe d’élèves de troisième.
Merci à tous de nous avoir écoutés et à bientôt pour une prochaine odyssée rouennaise !
[Musique de conclusion. Bruit de fixation de la plaque.]
Générique
Voix du générique :
Derrière ce podcast, il y a Imen et Mufutia.
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Fin de la musique.]
Agnès Vallois
Religieuse et infirmière née à Rouen en 1914, Agnès Vallois soigna au péril de sa vie les soldats canadiens blessés lors du débarquement de Dieppe en 1942. Des collégiens de Rouen racontent le destin de « l’Ange blanc », disparue en 2018 à 103 ans, symbole de courage et d’humanité.
[Bruit d’une perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah… bouge pas. Ça arrive.
[Bruits de perçage et de fixation]
Ouvrier :
Plus que trois trous et… la plaque est posée.
[Transition musicale]
Narratrice 1 :
Aujourd’hui, préparez-vous. On va vous parler d’une femme qui a eu un courage tout simplement légendaire.
Installez-vous confortablement. On part en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale…
[Bruitages de guerre]
… pour découvrir l’histoire d’Agnès Vallois, aussi connue sous le nom de sœur Agnès-Marie.
[Transition musicale]
Narratrice 2 :
Pour commencer, il faut savoir qu’Agnès est une enfant du coin. Elle naît à Rouen en 1914. Sa famille est plutôt connue dans la région.
Elle est la petite-fille du fondateur de la fameuse corderie Vallois, à Notre-Dame-de-Bondeville.
Et oui, à cause d’une petite erreur de naissance, Agnès n’a qu’un seul « s » dans son nom.
Narratrice 1 :
Des ailes !
Narratrice 2 :
Ah, c’est pour ça qu’on la nomme « l’Ange blanc » : parce qu’elle a des ailes.
[Transition musicale]
Narratrice 1 :
En grandissant, Agnès choisit une voie bien à elle. Elle décide de devenir religieuse, mais aussi infirmière.
Et ce double super-pouvoir va s’avérer très utile.
Elle commence à travailler à l’Hôtel-Dieu de Rouen. Et là, l’histoire s’accélère.
[Transition sonore]
Narratrice 2 :
Nous sommes en août 1942. Les forces alliées, notamment des soldats canadiens, tentent un débarquement sur les plages de Dieppe pour affronter l’armée allemande.
[Bruitages de combats, tirs et explosions]
Malheureusement, c’est un échec total et tragique. Les combats sont terribles.
Les blessés sont transportés en urgence à l’hôpital de Rouen, sous contrôle allemand.
C’est là qu’Agnès entre en scène. Face à elle : des dizaines de soldats alliés, jeunes, perdus et gravement touchés.
[Transition musicale]
Narratrice 1 :
L’hôpital est surveillé par les soldats allemands.
Prendre soin des ennemis du régime, c’est risquer sa vie à chaque instant. Mais Agnès n’en a que faire des menaces.
Pour elle, un blessé est un être humain à sauver. Un point, c’est tout.
[Transition musicale]
Narratrice 2 :
L’Ange blanc, qui défie les forces d’occupation.
Avec un sang-froid extraordinaire et un grand sourire rassurant, sœur Agnès-Marie va soigner ces soldats canadiens nuit et jour.
Elle ne se contente pas de panser leurs plaies. Elle les réconforte, leur redonne espoir et parvient même à en protéger plusieurs de la rigueur des interrogatoires.
[Transition musicale]
Narratrice 1 :
Pour les soldats, elle devient un véritable repère au milieu du chaos.
Ils la surnomment d’ailleurs affectueusement « l’Ange blanc ».
Son courage est tel qu’après la guerre, le Canada lui vouera une reconnaissance éternelle.
[Extrait sonore d’archive : voix masculine en anglais]
Narratrice 2 :
Agnès Vallois nous a quittés en 2018, à l’âge honorable de 103 ans.
Rien que pour ça, elle mérite un…
Voix avec effet sonore :
Waouh !
Narratrice 2 :
Si elle est une figure inspirante de Rouen, c’est parce qu’elle a prouvé qu’on n’a pas besoin de porter des armes pour être une héroïne de guerre.
Parfois, l’empathie, le soin et le courage face à l’injustice suffisent à changer le cours de l’histoire.
Merci à tous d’avoir écouté, et à bientôt pour une prochaine plongée dans la vie de ces femmes extraordinaires.
[Musique de conclusion]
Voix des crédits :
Derrière ce podcast, il y a Aïssa et Sarah.
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Pour les bruitages et les sons additionnels : lasonotheque.org.
May d’Alençon
Professeure de français installée à Rouen, May d’Alençon devient autrice de contes publiés dans le célèbre journal Spirou et reçoit en 1963 le prix Jeunesse pour Renard-Roux. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette femme de lettres, qui a nourri l’imaginaire de générations de jeunes lecteurs.
[Ambiance de chantier : perceuse et bruits d’outils.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation.]
[Musique du générique. Bruits de feuilles, de machine à écrire et rires d’enfants.]
Aïssa :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Aïssa.
Aujourd’hui, on explore le monde magique de l’imaginaire, des histoires courtes et des romans captivants.
Imaginez un monde où la littérature jeunesse n’en est qu’à ses débuts. Pour faire rêver les enfants, pas de dessins animés en streaming sur smartphone, pas de console de jeux vidéo. Non. Pour s’évader, il fallait ouvrir un bon magazine en papier.
Et au cœur de cette révolution créative, une enseignante va marquer des générations de jeunes lecteurs.
[Intermède vocal.]
Aïssa :
Et croyez-moi, faire rêver les enfants avec de simples mots imprimés sur du papier journal, c’est un art beaucoup plus fort que de scroller sur Insta pendant des heures.
Ah, mais vous êtes là, May !
May d’Alençon :
Toujours fidèle au poste. May d’Alençon, pour vous servir.
[Transition musicale.]
Aïssa :
Installez-vous confortablement.
May d’Alençon vit entre 1889 et 1968. Parisienne d’origine, elle décide de quitter la capitale pour s’installer à Rouen, dans la ville aux cent clochers.
Elle commence sa carrière dans le domaine des lettres en devenant professeure de français.
Autant vous dire qu’avec elle, pas de blague sur l’orthographe ou la grammaire !
May d’Alençon :
Ah, enseigner le français à Rouen, c’était passionnant. Mais mon esprit avait besoin de s’évader. J’avais tellement d’histoires à raconter qui se bousculaient dans ma tête !
Aïssa :
Et c’est exactement ce qu’elle va faire.
Elle franchit le pas et devient l’autrice de nombreux contes et romans plébiscités par la jeunesse.
Le moment clé de sa carrière d’écrivaine se joue lorsqu’elle collabore avec l’un des magazines les plus célèbres de l’époque.
[Bruits de pages et d’imprimerie.]
Aïssa :
Ses textes sont publiés, notamment, dans le légendaire journal Spirou, pour les jeunes de l’époque.
C’est le sommet absolu de la pop culture !
Mais le véritable couronnement arrive en 1963. Cette année-là, May d’Alençon reçoit le prestigieux prix Jeunesse pour son œuvre Renard-Roux.
Une récompense historique qui consacre son immense talent d’autrice.
May d’Alençon :
Demain, les pages sombres de l’ennui seront tournées grâce à mes histoires.
Ce prix, en 1963, c’était la preuve que la littérature pour enfants avait toute sa place parmi les grands arts.
Aïssa :
Absolument. Grâce à votre plume, vous avez construit un vrai pont entre l’enseignement et le monde rêvé des enfants.
Un parcours prestigieux !
May d’Alençon :
Bon, mon fantôme doit retourner écrire de nouvelles fables dans l’au-delà.
Gardez votre esprit d’enfant, les jeunes !
Aïssa :
Merci, May.
May d’Alençon s’est éteinte en 1968 et elle est inhumée ici même, au cimetière de l’Ouest, à Rouen.
Elle mérite totalement d’être retenue dans nos mémoires pour avoir nourri l’imaginaire de milliers de lecteurs et pour son apport exceptionnel à la culture jeunesse.
[Musique de conclusion.]
Générique :
Derrière ce podcast, il y a Aïssa et Ifoutia.
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Les bruitages et sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Marie Payenneville
Conseillère municipale rouennaise née en 1885, Marie Payenneville fonde en 1921 l’Œuvre de l’aide aux familles nombreuses et préside l’Association familiale et sociale de Rouen jusqu’en 1972. Des collégiens de Rouen racontent le destin de cette figure de la solidarité, chevalier de l’Ordre national du Mérite.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah, ne bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de travaux.]
[Musique du générique.]
[Bruits de pas.]
[Rires d’enfants.]
[Bruit de papier froissé.]
Sarah :
Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Sarah.
Aujourd’hui, on s’intéresse à Montre-de-Guerre.
Imaginez une époque difficile, au début des années 1920, où la vie quotidienne est très rude pour beaucoup de monde. À ce moment-là, il n’y a pas d’application d’entraide sur smartphone, ni de cagnotte en ligne pour aider son prochain.
Pour faire bouger les choses, il fallait un dévouement de tous les instants, aller sur le terrain et avoir un cœur en or. Et notre héroïne du jour a décidé de faire de la solidarité le combat de sa vie.
Marie Payenneville :
Et du travail, je peux vous dire qu’il y en avait ! Aider les autres, c’est un engagement à plein temps, pas juste un petit clic de temps en temps.
Sarah :
Oh ! Bonjour. Vous devez être… Marie Payenneville ?
Marie Payenneville :
Exactement. Marie Payenneville, née Hello, pour vous servir.
Sarah :
Installez-vous confortablement.
Marie Payenneville a eu une longue vie. Elle est née en 1885 et nous a quittés en 1994, à l’âge vénérable de 109 ans.
[Exclamation de surprise.]
Figure politique et sociale de notre région, elle devient conseillère municipale rouennaise. Son domaine : l’action sociale, la politique locale et la culture.
Marie Payenneville :
Dès le départ, j’ai voulu mettre mon énergie au service des familles et des personnes isolées de Rouen. Et pour cela, j’ai formé un véritable binôme de choc avec mon mari.
Sarah :
Le moment clé de son action commence précisément en 1921.
[Bruit d’écriture.]
Cette année-là, Marie et son époux lancent une initiative solidaire majeure en créant l’Œuvre de l’aide aux familles nombreuses. C’est une structure essentielle pour soutenir les foyers rouennais en difficulté.
Par la suite, elle prend des responsabilités encore plus grandes. Elle préside l’Association familiale et sociale de Rouen.
Et attention : elle ne fait pas ça pour un court mandat. Elle reste à la tête de cette structure jusqu’en 1972.
Marie Payenneville :
Plus de cinquante ans passés à présider cette association ! Autant vous dire que j’ai vu défiler des générations de Rouennais et que j’ai suivi de très près l’évolution de notre belle ville.
Sarah :
C’est un dévouement hors du commun.
Pour saluer cette vie entière passée au service des citoyens et de la solidarité locale, l’État français lui accorde une reconnaissance majeure. Elle est nommée chevalier de l’Ordre national du Mérite.
[Musique.]
Marie Payenneville :
Bon, mon fantôme doit retourner veiller sur la solidarité locale. Continuez à vous entraider et à prendre soin de vos proches, les jeunes !
Sarah :
Merci, Marie.
Marie Payenneville mérite totalement de rester gravée dans nos mémoires, car elle incarne la générosité et l’engagement citoyen au cœur de Rouen.
[Musique.]
[Applaudissements.]
Sarah :
Derrière ce podcast, il y a Sarah et…
Imen :
Imen.
Sarah :
Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Musique de fin.]
Arlette Heudron
Organiste virtuose née en 1935 à Petit-Quevilly, elle décroche le premier prix d’orgue à Rouen puis le prix de fugue au Conservatoire de Paris en 1965. Des élèves du collège Camille-Claudel font revivre Arlette Heudron, génie discret de la musique rouennaise.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier : Eh bah, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et… la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation.]
[Musique d’introduction.]
Imen : Salut, les aventuriers de l’histoire ! C’est Imen.
Aujourd’hui, on monte le volume et on parle de génie musical.
Imaginez un instrument géant, avec des milliers de tuyaux, plusieurs claviers pour les mains et même un pédalier pour jouer avec les pieds. C’est l’orgue, le roi des instruments.
Pour le maîtriser, il ne suffit pas de savoir pianoter sur une tablette ou un smartphone. Il faut une coordination digne d’un pilote d’avion de chasse.
Et notre héroïne du jour possède un véritable super-pouvoir dans les mains…
[Effet sonore grave.]
Moufoutcha : Et surtout dans les oreilles !
Imen, la musique, ça ne s’écoute pas seulement : ça se vit à deux cents à l’heure !
Imen : Waouh, quelle entrée en matière ! Bienvenue à Arlette Heudron.
Installez-vous confortablement.
Arlette Heudron naît en 1935, à deux pas d’ici, au Petit-Quevilly, dans l’agglomération de Rouen.
Très vite, elle se plonge dans le monde de la musique classique et se révèle être une virtuose absolue de l’orgue.
Au Conservatoire de Rouen, elle survole la compétition et décroche le très prestigieux premier prix d’orgue.
Voix d’Arlette Heudron : Rouen, c’était mon point de départ. Mais mon ambition artistique ne comptait pas s’arrêter à la Normandie.
Imen : Le moment clé de sa carrière se déroule à Paris.
[Applaudissements.]
Nous sommes en 1965. Arlette se présente au Conservatoire national de Paris, l’un des plus difficiles au monde.
Elle concourt dans une discipline ultra-complexe : la fugue. Une technique de composition dans laquelle les mélodies s’entrecroisent et se poursuivent, comme dans une course-poursuite musicale.
Et le verdict tombe : elle obtient le premier prix de fugue en 1965.
[Effet sonore de victoire.]
Voix d’Arlette Heudron : Les jurés n’en revenaient pas. À l’époque, certains pensaient encore que la composition de haut niveau était réservée aux hommes. Je leur ai joué une partition parfaite.
Imen : Ce triomphe fait d’elle une référence incontournable.
Elle devient si respectée qu’elle est choisie pour donner des cours à la prestigieuse École normale supérieure de musique de Paris.
Elle passe ainsi le reste de sa vie à transmettre son art et sa passion aux plus grands talents de la nouvelle génération.
Voix d’Arlette Heudron : Bon, mon fantôme doit retourner accorder les orgues célestes de là-haut. Faites du bruit !
Groupe d’enfants : Yeah !
Voix d’Arlette Heudron : Et vive la musique, les jeunes !
Imen : Merci, Arlette.
Arlette Heudron nous a quittés prématurément en 1978, à seulement 43 ans.
Elle mérite totalement de rester présente dans nos mémoires, car elle a prouvé, par sa rigueur et son génie, qu’une femme d’ici pouvait atteindre les sommets de la musique internationale.
[Musique de conclusion.]
Imen : Derrière ce podcast, il y a Imen et…
Moufoutcha : Moufoutcha.
Imen : Enregistré par Chérif Kahn.
Le fond sonore a été réalisé par l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage réalisé par Chérif Kahn.
Pour les bruitages et les sons additionnels : Joseph Sardin, du site lasonotheque.org.
[Fin de la musique.]
Femmes rouennaises inspirantes, collège Camille-Claudel

Dans le cadre des Débats des mémoires de la ville de Rouen, quatre collèges rouennais se sont mobilisés pour donner vie à 42 podcasts courts, conçus pour le grand public et plus particulièrement pour les plus jeunes. Cette collection invite à (re)découvrir, à travers des voix multiples, les parcours vivants et inspirants de femmes rouennaises qui ont marqué l’histoire de la ville.
Mamie Germond
Qui était Pierrette Germond, surnommée « Mamie Germond », figure emblématique du hockey à Rouen ? Des élèves du collège Camille Claudel racontent l’histoire d’une supportrice passionnée qui, pendant 35 ans, a encouragé générations de hockeyeurs et de hockeyeuses rouennais.
[Bruit de perceuse et de travaux]
Le jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier :
Eh bah, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse]
[Début de la musique]
Lucas :
Bonjour. Aujourd’hui, je suis Lucas, un journaliste. On va vous raconter l’histoire de Pierrette Germond, alias Mamie Germond.
Germond est une bénévole plus qu’accomplie, née en 1920. Elle a marqué les esprits et des générations de hockeyeurs et de hockeyeuses rouennais.
Mamie Germond :
Eh oui, c’est moi !
Lucas :
Mamie, on est où, là ?
Mamie Germond :
On est dans les tribunes du hockey de Rouen. En plus, ils ont donné mon nom à une tribune quand je suis décédée. Tu ne trouves pas ça cool ?
Lucas :
Si, c’est excellent ! Ça fait plaisir.
Vous savez que vous êtes une figure emblématique du hockey sur glace à Rouen.
Mamie Germond, pouvez-vous nous expliquer à quel point vous avez adoré ce sport ? Mais, mamie… vous êtes où ?
Mamie Germond :
Attends, attends ! J’encourage mes joueurs. Allez !
Lucas :
Mamie, on est en interview, bon sang de bonsoir !
Mamie Germond :
Oui, j’arrive !
Lucas :
Donc, mamie, pouvez-vous nous expliquer ?
Mamie Germond :
Vous voulez vraiment savoir ?
Lucas :
Oui, c’est ça que je vous demandais.
Mamie Germond :
Tout commence à mon premier match de hockey, dans mon salon, avec mon père, qui me demande si je veux aller voir mon premier match de hockey. Toute contente, j’accepte.
Le jour J, on est en retard à cause des travaux. On a failli être bloqués. Enfin arrivés, on se presse pour rejoindre notre place.
L’équipe de Rouen joue contre l’équipe de Caen. Dix minutes plus tard : un but, puis un deuxième but !
[Sifflets et ambiance de match]
La corne de brume sonne. Je me lève et mes bras se lancent : le droit, puis le gauche, puis le droit !
Mamie Germond, chantant :
Pa, pa-la, pa-la-la-la !
Pa, pa-la, pa-la-la-la !
À la dernière minute, les deux équipes sont à égalité. Le tireur s’avance, puis il tire…
Mamie Germond, criant :
But !
Ouais !
Mamie Germond, chantant :
Pa, pa-la, pa-la-la-la !
Pa, pa-la, pa-la-la-la !
Mamie Germond :
Tout le monde se lève. Tout en joie, je crie, les yeux éblouis par la joie de gagner.
Ce jour-là, je savais que le hockey serait l’une de mes plus grandes passions.
Après trente-cinq ans de bénévolat, je décède à l’hôpital de Rouen en 2007. J’encourage désormais de loin mes joueurs et mes joueuses, depuis le cimetière de Rouen.
[Musique]
Voix du générique :
Derrière ce podcast, il y a Herman et Lucas, du collège Camille-Claudel.
À l’habillage sonore, on retrouve l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Le montage est réalisé par Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Louise Rigal
De la peinture aux hôpitaux militaires, Louise Rigal a connu un destin hors du commun. Féministe et artiste australienne, elle s’engage pendant la Première Guerre mondiale auprès des soldats blessés à Rouen. Découvrez le parcours d’une femme aux multiples facettes.
[Ambiance de chantier. Bruits de perceuse et d’outils.]
Le jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier : Eh bah, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse.]
[Début de la musique.]
Malik : Mes salutations, mesdames et messieurs. My greetings, ladies and gentlemen. Je me nomme Malik. Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire d’une femme qui a marqué les esprits. Elle se nomme Louise Rigal.
Louise Rigal : Lui, emmenez-le là-bas. Lui, à mon avis, il est mort. Et celui-là, je ne vois pas vraiment d’autre moyen que de lui amputer la jambe. Bon, tant pis.
Malik : Louise Rigal est née en 1868 à Maldon, en Australie. Au début de sa vie, c’est une peintre de talent et elle défend des idées féministes. Elle veut l’égalité entre les genres.
Louise Rigal : Ah oui, c’est vrai, j’ai fait ça. Égalité !
Malik : Elle s’engage ensuite auprès de la branche australienne de la Croix-Rouge pendant la Première Guerre mondiale.
Louise Rigal : Oui, mon camp était installé dans l’hippodrome des Bruyères, en 1916. Ça a bien changé.
Malik : Elle était infirmière et, par la suite, elle coordonne l’Australian General Hospital numéro 1.
Louise Rigal : Eh ouais, carrément ! J’étais quand même assez haut gradée. Ça vous en bouche un coin, hein ?
Malik : Elle a aussi le très grand avantage d’être bilingue. Pratique quand les alliés sont anglais.
Louise Rigal : Oh yes, it’s very true.
Malik : Elle a été élevée avec neuf frères et sœurs.
Louise Rigal : Ah bah, c’est sûr qu’on ne s’ennuyait pas à la maison. Et il fallait partager pour les repas.
[Ambiance d’hôpital militaire. Agitation et bruits de pas.]
Un aide-soignant : Madame, madame ! Il y a un blessé grave qui est vraiment mal en point, et un autre a une commotion cérébrale. Venez vite !
Louise Rigal : OK, OK. Emmenez le blessé grave en salle 102. Et l’autre, là, qui a une fichue commotion… bah, mettez-lui de la glace. Mais ce ne sera pas très utile, je le crains.
L’aide-soignant : D’accord, madame, je me presse.
[Bruits de pas précipités.]
Louise Rigal : Celui-là n’est vraiment pas beau… J’en ai marre de toutes ces gueules cassées. Putain de guerre !
Malik : Mais avant cela, Louise n’avait pas du tout la même vie. Elle n’était pas infirmière, mais préférait plutôt la peinture.
Louise Rigal : Eh oui. Dès mon plus jeune âge, papa m’a inscrite à des cours de dessin. C’est ma vraie passion, mais la guerre m’a rattrapée. Bon, je vous laisse. Je retourne me reposer au cimetière Saint-Sever de Rouen. N’hésitez pas à revenir discuter avec moi à l’occasion.
[Transition musicale.]
Malik : Et derrière ce podcast, il y a Malik et Jean, du collège Camille-Claudel.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier Émao du collège Camille-Claudel, et au montage, Chérif Kahn.
Pour les bruitages et les sons additionnels : lasonotheque.org.
Joëlle Gouret
Devenue aveugle après un diabète diagnostiqué à 16 ans, Joëlle Gouret n’a jamais renoncé à sa passion pour le tir à l’arc. Championne et athlète paralympique, elle repousse les limites et les préjugés. Un podcast réalisé par des élèves du collège Camille Claudel.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Le jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier :
Eh bah… bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de travaux.]
[Générique musical.]
Lucas :
En plein dans le mille !
Bonjour à tous. Aujourd’hui, je vais vous parler de Joëlle Gouret, avec Ilan, Iréna et une grande actrice pour incarner Joëlle Gouret.
Joëlle Gouret :
C’est moi !
Lucas :
Oh, laisse-moi parler ! Bref…
Joëlle Gouret est une femme professionnelle dans le tir à l’arc.
Joëlle Gouret :
Eh ouais !
Lucas :
Elle habite à La Chapelle-sur-Erdre.
Joëlle Gouret :
Oh, balance pas tout sur moi non plus !
Lucas :
Malgré son handicap, elle parvient à être professionnelle en étant aveugle. Elle n’a pas d’enfant. Elle a décidé de se concentrer davantage sur sa carrière.
Elle est née en 1967 et elle obtient son titre de championne en 2012.
[Transition sonore.]
L’intervieweur :
Aujourd’hui, en tant qu’intervieweur, je suis en duplex de Rouen, sur une compétition de tir à l’arc aux Jeux paralympiques, avec Joëlle Gouret.
Comment vas-tu aujourd’hui ? Prête pour obtenir une victoire ?
Joëlle Gouret :
Je vais bien, mais je suis un peu stressée.
L’intervieweur :
Où se passe la compétition, Joëlle ?
Joëlle Gouret :
Nous sommes à Londres depuis le 27 juillet jusqu’au 12 août. J’espère gagner !
[Exclamation enthousiaste.]
L’intervieweur :
Et comment tu fais avec ton handicap ?
Joëlle Gouret :
J’ai toujours expérimenté ce sport, car le tir à l’arc est ma passion. Cela peut paraître un peu dingue, mais j’ai de vraies chances d’être victorieuse pour ces Jeux.
Et les haters, je ne veux pas vous entendre !
[Rire.]
L’intervieweur :
Dans quelle catégorie êtes-vous ?
Joëlle Gouret :
Je suis dans la catégorie W1, réservée aux personnes avec un handicap visuel.
L’intervieweur :
Qui êtes-vous réellement ?
Joëlle Gouret :
Je suis une personne en situation de handicap. Ma passion pour le sport me permet de surmonter les épreuves, de surmonter les clichés et de surmonter ce qu’on croit impossible pour moi.
[Transition musicale et vocalises.]
L’intervieweur :
Êtes-vous épanouie dans ce sport ?
Joëlle Gouret :
Je suis très épanouie, car, même en situation de handicap, je ne lâche jamais rien.
L’intervieweur :
Mais, en fait, quel est votre handicap ?
Joëlle Gouret :
Je suis aveugle depuis mes seize ans à cause du diabète.
[Musique de fin.]
Voix du générique :
Et derrière ce podcast, il y a Lucas, Ilan et Iréna, du collège Camille-Claudel.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages proviennent du site lasonotheque.org.
Marie Lannelongue
À Rouen, Marie Lannelongue transforme son hôtel particulier en hôpital pendant la guerre et crée des écoles pour les filles. Les élèves du collège Camille Claudel vous invitent à découvrir le destin de cette femme engagée pour l’éducation et la santé.
[Bruit d’une perceuse et de travaux]
Jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier : Eh ben, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse, puis transition musicale]
Soignante : Je vais prendre un café, je me donne une pause. Après, je retourne dans le bloc 3.
Abigaël : Je m’appelle Abigaël. Je vais vous présenter l’histoire d’une femme inspirante qui a créé deux écoles et un hôpital pendant la guerre.
[Bruits d’hôpital et signal sonore]
Soignante : Vite ! Bloc 3 ! Chariot de réa !
Inès : Tu crois qu’on est dans Good Doctor ou quoi ? Reprenons. Marie Lannelongue est née Sibelle. Vous ne connaissez sûrement pas cette famille, comme moi. C’est sûrement l’une de ces familles du XIXᵉ siècle, une famille qui a fait fortune dans l’industrie à Rouen.
Mais bon, continuons. Le 10 avril 1836, à Rouen, boulevard Cauchoise, elle naît.
[Bips de moniteur médical]
Chirurgien : Enfin fini ! Cette opération a été longue et complexe. L’important, c’est qu’il vive.
Soignante : Merci, docteur.
Inès : Marie se marie.
Abigaël : Oh ! Une assonance !
Inès : Bon, trêve de plaisanteries. Elle se maria une première fois, en 1857, avec un vicomte.
Abigaël : C’est chic !
Inès : Ensuite, avec Odilon Lannelongue, un chirurgien, en 1876. Elle créa deux écoles gratuites pour les filles dans la Haute-Garonne. Une féministe avant l’heure.
[Sonnerie d’école]
Marie Lannelongue : Oui, les filles ont droit à une éducation de qualité !
Inès : Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, elle a transformé sa maison… enfin, son hôtel particulier, en un hôpital pour les soldats blessés.
Son premier hôpital, parce qu’après, avec son nouveau mari, elle en fera deux autres, avec des opérations du cœur et des poumons.
[Respiration haletante]
Abigaël : C’est sanglant !
Marie Lannelongue : Vu le bazar actuel, cet endroit, mon lieu de vie, fera très bien l’affaire comme hôpital. À droite, un bloc opératoire. À gauche, une chambre d’hospitalisation. Au fond, une salle d’attente.
[Toux]
Au premier étage, un laboratoire pharmaceutique. Au deuxième étage, un centre pour les traumas. Au troisième étage, un apothicaire. Puis, au quatrième, des chambres d’hospitalisation et, au cinquième, des salles d’amputation.
Oh ! J’ai trouvé ma vocation ! J’organise, je mets en œuvre des lieux pour aider les gens.
Abigaël : Quelle générosité, Marie ! Regarde, un hôpital porte encore ton nom en France aujourd’hui. Finalement, on ne t’oublie pas.
[Transition musicale]
Crédits :
Ce podcast a été réalisé par Abigaël et Inès, du collège Camille Claudel.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : atelier MAO du collège Camille Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Bruitages et sons additionnels : lasonotheque.org.
Espérance Langlois
Peintre, dessinatrice et graveuse, Marie-Anne Espérance Langlois s’impose dans un monde artistique dominé par les hommes. Gondo et Mariama, des élèves du collège Camille Claudel, vous font découvrir le parcours de cette artiste médaillée à Rouen.
[Bruit de perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah, ne bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation]
[Début de la musique]
Espérance :
Youpi ! Grâce à mon père, je suis peintre et graveuse. Ah, regarde, Gondo ! Elle ne sera pas mal, cette œuvre pour Philobus.
Gondo :
Waouh !
Espérance :
Ouh là, détends-toi ! Pas besoin d’être si excitée.
Narratrice :
Bref, je vous présente une femme inspirante : Marie-Anne Espérance Langlois. Elle est graveuse et dessinatrice. Espérance est née en 1805, à Pont-de-l’Arche, et morte en 1864.
Espérance :
Quel stress ! Je veux la médaille de l’Académie des beaux-arts. Si je ne l’ai pas, ce serait horrible. Oh non !
Narratrice :
Effectivement, en 1834, Espérance Langlois a été invitée à l’Académie des beaux-arts de Rouen. Cela l’encourage et l’angoisse en même temps : la peur de ne pas être à la hauteur. Le syndrome de l’imposteur, quoi !
Espérance :
Ah là là ! Comment je vais faire ma gravure ? Ah oui, j’ai une idée ! Oh non, je ne sais pas… Oh si, attends ! Tiens, je vais faire un thème historique.
Comment ? Comment je vais graver ? Taille en creux… Tiens, cet outil sera parfait.
[Bruits d’outil et de gravure]
Espérance :
Oh oui, ça y est ! Je suis inspirée !
Narratrice :
Inspirée, effectivement, Espérance fait sa gravure, et c’est impressionnant qu’elle fasse aussi bien ses œuvres. Quand elle finit sa gravure, elle arrive à l’Académie des beaux-arts, pleine d’espoir.
Elle montre son œuvre aux spectateurs. Ils sont sous le choc, impressionnés. La victoire est annoncée pour le peintre de genre. Espérance gagne. Elle est la gagnante !
[Applaudissements]
Espérance :
Oh mon Dieu, j’ai gagné ! Je suis médaillée ! Je suis tellement contente ! Cela représente beaucoup pour moi.
[Tintement de médaille]
Narratrice :
Ce moment est important dans la vie d’Espérance, car cette médaille est une reconnaissance de ses collègues, et c’est rare pour une femme artiste de son époque. Cette médaille valide son talent dans un milieu dominé par les hommes.
En 1864, Espérance meurt. Une plaque commémorative est posée en 2022 pour lui rendre hommage à l’être Saint-Maclou, à Rouen, en lien avec ses sculptures.
[Musique]
Générique :
Et derrière ce podcast, il y a Gondo et Mariama, du collège Camille-Claudel, enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Amélie Bosquet
Écrivaine rouennaise, Amélie Bosquet puise dans les légendes normandes et s’intéresse aussi aux conditions de vie des ouvrières. Lucas et Rachida, du collège Camille Claudel, vous emmènent sur les traces de cette pionnière de la littérature régionale.
[Bruits de perceuse et de travaux]
Jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier : Eh bah, bouge pas. Ça arrive.
[Bruits de perceuse]
L’ouvrier : Plus que trois trous, et la plaque est posée.
[Transition musicale — brouhaha de salle]
Lucas : Oh, j’en ai marre. Pourtant, je continue.
Bonjour, c’est moi, Lucas, et j’ai la flemme de faire le podcast, mais c’est pas grave.
Amélie Bosquet : Mais tu vas faire le podcast !
Lucas : Donc, tu t’appelles Amélie Bosquet ?
Amélie Bosquet : Oui.
Lucas : Tu as fait La Normandie romanesque et merveilleuse ?
Amélie Bosquet : Oui.
Lucas : C’est vrai que tu n’utilisais pas ton vrai nom pour écrire tes livres ?
Amélie Bosquet : Oui, j’utilisais le nom d’Émile Bosquet.
[Transition — ambiance extérieure et circulation]
Lucas : Oh, j’en ai marre de marcher. On va où ?
Amélie Bosquet : On va à un endroit spécial.
Lucas : Et c’est quoi ?
Amélie Bosquet : C’est là que j’ai ma plaque, au 100, rue du Robec, où je suis née en 1815. Donc, ma vie est finie aujourd’hui.
Lucas : Oui. Tu as commencé où pour écrire tes livres ?
Amélie Bosquet : J’ai commencé chez Téchener et Le Brument.
Lucas : À ce qu’il paraît, tu es une pionnière dans le domaine de la légende.
Amélie Bosquet : Oui, je suis la première à faire des livres en rapport avec les légendes normandes.
Lucas : Oh, OK. Donc, tu es née à Rouen le 1er juin 1815. Tu as fait tes études à l’institution Chevalier. Pour ceux qui ne savent pas, elle se situe en face de l’abbatiale Saint-Ouen. Et tu as même écrit sur tes premières années de jeunesse.
Tu as aussi été militante pour le droit des femmes parce qu’à l’époque, elles n’en avaient pas beaucoup, des droits, les femmes.
Attention, elle va passer à l’écriture sur son bureau. Qu’est-ce qu’elle va écrire ? Elle réfléchit.
Amélie Bosquet : Laisse-moi réfléchir, tu me déconcentres.
Lucas : OK, je te laisse, mais dis-moi au moins le titre.
Amélie Bosquet : Le titre, c’est… Euh… Attends, il faut que je réfléchisse.
Lucas : Bon, bah moi, je m’assois sur le banc.
Amélie Bosquet : Ah, je sais ! Ça va être Le Roman des ouvrières.
Lucas : Et ça va parler de quoi ?
Amélie Bosquet : Je pense que ça va parler de quand j’étais dans ma vie, de la vie pénible et dégradée des ouvrières du textile.
Lucas : Oh, intéressant. J’ai envie de voir ce que ça va devenir à la fin.
[Bruits d’écriture à la plume]
Amélie Bosquet : C’est bon, j’ai fini.
Lucas : Fais voir.
Ah ouais, pas mal ! Ça montre un peu comment elles vivaient à l’époque.
Amélie Bosquet : Oui, c’est comme ça. Vous, vous avez Internet, le téléphone, la télé… Tout marche, toutes vos machines.
Moi, à mon époque, on avait juste du papier, un stylo-plume, et on écrivait ou on dessinait. Soit on écrivait des livres, des romans, et c’était normal.
En plus, c’était quand on pouvait, parce qu’il y avait du travail. On travaillait beaucoup plus qu’aujourd’hui. On allait à l’usine et beaucoup de personnes, en majorité des femmes, devenaient sourdes et épuisées à la fin de leur carrière.
Lucas : Bah oui, je sais. Il n’y a pas longtemps, je suis allé à la Corderie Vallois et le guide a démarré toutes les machines. Ça faisait mal aux oreilles.
[Bruits de machines industrielles]
Amélie Bosquet : Bah, au moins, tu as découvert quelque chose. Notre vie, ce n’était pas simple tous les jours. Allez, je m’en vais et je retourne à l’hôtel du 100, rue du Robec.
[Transition musicale]
Voix du générique : Derrière ce podcast, il y a Lucas et Rachida, du collège Camille-Claudel.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : l’atelier EMAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Bruitages et sons additionnels : lasonotheque.org.
Andrée Letellier
Institutrice née à Doudeville en 1912, Andrée Lecat milite au syndicat enseignant puis au Parti communiste, et devient conseillère municipale à Abbeville puis au Havre. Des élèves du collège Camille-Claudel retracent son engagement militant.
[Bruits de perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et… la plaque est posée !
[Bruits de perceuse, puis musique]
Narratrice 1 :
Bienvenue dans notre podcast.
Narratrice 2 :
Aujourd’hui, on parle d’Andrée Letellier, une institutrice très engagée.
Narratrice 1 :
Imaginez une classe dans les années 1950.
[Ambiance de salle de classe]
Institutrice :
Bonjour les enfants, sortez vos cahiers.
[Brouhaha et cris d’enfants]
Narratrice 2 :
Andrée Letellier est née en 1912, à Doudeville.
Voix d’Andrée Letellier :
À mon époque, il n’y avait ni ordinateur ni téléphone portable.
[Bruits d’écriture à la craie]
Narratrice 1 :
Très jeune, elle veut devenir institutrice. Elle étudie à Rouen, puis commence à enseigner en 1934.
Voix d’Andrée Letellier :
Enseigner à trente élèves, c’est du sport !
[Bruits d’écriture à la craie]
Narratrice 2 :
En même temps, elle aide les professeurs avec le syndicat et voyage dans plusieurs pays. Après la guerre, elle habite à Abbeville et entre au Parti communiste français.
Voix d’Andrée Letellier :
Mes élèves me demandaient souvent pourquoi je faisais de la politique. Je leur répondais : « Pour essayer de changer les choses. » Je voulais aider les travailleurs et défendre les droits des femmes.
Narratrice 1 :
Elle devient aussi conseillère municipale à Abbeville, pour faire vivre ses idées auprès de tous les habitants de sa ville.
Voix d’élève :
La classe !
Voix d’Andrée Letellier :
Ces réunions étaient quand même parfois très longues. Plus longues qu’un contrôle de maths !
[Bruits d’écriture à la craie]
Narratrice 2 :
Plus tard, elle enseigne au Havre, où elle devient également conseillère municipale en 1953.
Narratrice 1 :
Elle était engagée, Andrée ! D’ailleurs, elle s’est mariée au Havre avec un charpentier, Louis Lecat.
Voix d’Andrée Letellier :
Hé, c’est de moi qu’on parle, pas de mon mari ! Avez-vous dit que j’étais aussi une militante du Mouvement de la paix dans les années 1960 ?
Narratrice 2 :
Il est vrai qu’Andrée a milité toute sa vie. D’ailleurs, à la retraite, elle part vivre à Balaruc-les-Bains, mais continue à militer.
Narratrice 1 :
Andrée Letellier meurt en 1979.
Voix d’Andrée Letellier :
Et maintenant, les enfants, petit contrôle surprise !
Enfants :
Oh non !
[Cris d’enfants, puis slogan scandé dans une manifestation]
Narratrice 2 :
Derrière ce podcast, il y a Kili et Shaïma, du collège Camille Claudel.
Narratrice 1 :
Enregistrement : Chérif Kahn.
Narratrice 2 :
À l’habillage sonore, on retrouve l’atelier MAO du collège Camille Claudel.
Narratrice 1 :
Montage : Chérif Kahn.
Narratrice 2 :
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Musique de fin]
Madeleine Lecœur
Infirmière et institutrice issue d’une famille d’industriels rouennais, Madeleine Lecœur fonde en 1931 un accueil pour orphelins. Des élèves du collège Camille-Claudel brossent le portrait de cette pionnière de l’aide à l’enfance, décorée de la Légion d’honneur.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Le jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier :
Eh bah… bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de travaux.]
[Début de la musique.]
Emmanuel :
Bonjour, hello, hola. Je m’appelle Emmanuel et je suis en compagnie de…
Madeleine Lecœur :
Madeleine Lecœur.
Emmanuel :
Enfant, d’une certaine manière.
Madeleine Lecœur :
Quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Je suis morte ?
Emmanuel :
Madeleine Lecœur, que pouvez-vous nous dire sur vous ?
Madeleine Lecœur :
Oh, pourquoi vous venez m’embêter ? J’étais bien, là, au cimetière de Rouen.
Emmanuel :
Nous sommes désolés, mais pouvez-vous répondre à la question ?
Madeleine Lecœur :
Bon, si vous insistez… Mes parents étaient industriels, patrons dans les usines, quoi.
[Ambiance sonore d’usine.]
Madeleine Lecœur :
Moi, j’étais infirmière et institutrice de formation. C’est aussi moi qui ai créé, rue Jean-Revel, un lieu pour accueillir les orphelins et les enfants sans parents, en 1931.
Emmanuel :
Quelle tristesse !
[Musique mélancolique.]
Madeleine Lecœur :
Ah oui, Les Nids ! Enfin, c’est devenu l’association Les Nids en 1936, puis une fondation en 2019. Les Nids viennent principalement en aide aux enfants. Leur slogan : « Ensemble et comme les autres ».
Mon projet, au départ, c’était principalement d’éviter de séparer les frères et sœurs. Pour l’époque, je suis révolutionnaire !
Emmanuel :
Quel âge a votre association, devenue fondation ?
Madeleine Lecœur :
Notre association a plus de 90 ans à l’heure actuelle. Bientôt centenaire ! Elle a été reconnue d’utilité publique en 1961. Cela veut dire qu’on était utiles !
D’ailleurs, en 1974, on a créé un village d’enfants à Duclair. On s’occupait d’enfants maltraités, en danger ou en risque de danger. Mais pas seulement : nous aidons aussi des enfants en situation de handicap.
Emmanuel :
Noooon !
Emmanuel :
Pourquoi votre association a-t-elle été connue ?
Madeleine Lecœur :
T’en as pas marre de poser des questions depuis tout à l’heure ? On a mieux à faire, non ?
Emmanuel :
Bon, madame, vous allez vous calmer et respecter mon travail.
Madeleine Lecœur :
Bon, d’accord. Je ne savais pas que vous étiez aussi susceptible.
Et après ma mort, en 1983, Les Nids sont toujours très représentés en Normandie. Il y a aujourd’hui 52 établissements : Rouen, Canteleu, Yvetot, Dieppe, Le Havre, Saint-Denis, Le Trait, Bolbec, Doudeville, Serquigny, Mont-Saint-Aignan…
Emmanuel :
D’accord. Bon, ça va être la dernière question, car vous avez l’air saoulée.
Madeleine Lecœur :
Ah ça, c’est clair ! Je fatigue. J’ai besoin de repos… éternel.
[Musique de conclusion.]
Voix des crédits :
Et derrière ce podcast, il y a Emmanuel et Moustapha, du collège Camille-Claudel.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
María Vázquez Blanco
Réfugiée espagnole arrivée à Rouen après la Retirada de 1939, María Vázquez Blanco devient infirmière puis agent de liaison dans la Résistance. Des élèves du collège Camille-Claudel font découvrir son rôle lors de la prise de l’Hôtel de Ville en août 1944.
[Bruitages de perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruitages de perceuse, puis de tirs]
Voix :
Attention, il y a les Allemands !
[Transition sonore]
Célia :
On doit encore faire un podcast ? Il y en a déjà quarante ! Bon, je vais voir à qui on a affaire. Moi, c’est Célia.
Assia :
Et moi, Assia. Pour ce podcast, j’incarne le personnage de cette émission. Je suis donc Maria Vasquez Blanco.
Célia :
Cette femme est en fait si inspirante et ambitieuse. Elle est née en 1929, mais elle est arrivée en février 1939, après avoir traversé les Pyrénées avec sa famille. Quelle femme courageuse !
[Extrait musical en espagnol]
Maria Vasquez Blanco, interprétée par Assia :
Eh oui, je sais. Je suis incroyable ! Ha ha !
[Raclement de gorge]
Bon, trêve de plaisanteries. Tu peux continuer à raconter mon histoire. Tu vas voir, finalement, je vais t’intéresser.
Célia :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Maria était très présente pour les soldats comme pour les civils.
Premièrement, après que la famille trouve refuge à l’école de Rouen, elle devient infirmière au chevet des malades et des blessés de guerre.
[Sirène d’alerte et signaux sonores]
Voix de combattante :
On est attaqués ! C’est la guerre ! Répliquons !
Autre voix :
Attention, il y a les Allemands !
[Bruitages de tirs et d’explosion]
Célia :
Eh oui, on est en 1940. Maria rejoint la Résistance et sort dans le froid glacial pour donner des informations et rassurer les combattants.
[Bruitages de vent]
Elle risquait de mourir à tout moment, mais continuait quand même. Quelle détermination ! Franchement, si j’étais elle, je crois que je resterais dans mon lit.
Maria Vasquez Blanco, interprétée par Assia :
Vive la liberté ! Vive l’égalité ! Vive la République !
[Sifflement de la Marseillaise]
Célia :
Elle participe aussi à la prise de l’hôtel de ville de Rouen, le 31 août 1944.
Assia :
Waouh ! Tellement de choses pour une seule et même personne !
Maria Vasquez Blanco, interprétée par Assia :
Je suis si parfaite pour que tu le répètes à chaque fois ! Ha ha !
Célia :
C’est bon ! C’est vrai que je suis admirative.
Bref, sa façon de participer était de monter la garde avec une arme de guerre sur le balcon.
[Bruitages de tirs]
Elle reprenait aux Allemands l’hôtel de ville avec quelques compatriotes espagnols et résistants, eux aussi.
Elle attendait la Libération venant des Canadiens. Elle a sûrement sauvé des vies.
Le photographe Ken Bell l’a prise en photo lors d’une surveillance.
[Bruitages d’appareil photographique]
Maria Vasquez Blanco, interprétée par Assia :
Tu as vu la photo ? Je suis trop belle, déterminée, fière… Ça m’émeut.
Célia :
Ça va, les chevilles ? Je vous jure…
Bon, en 1945, elle émigra aux États-Unis après avoir rencontré un soldat américain. Trop mignon ! L’amour !
Malheureusement, après cela, nous n’aurons plus de nouvelles d’elle. Mais franchement, bravo, Maria Vasquez Blanco !
[Transition musicale]
Voix de générique :
Derrière ce podcast, il y a Célia et Assia, du collège Camille-Claudel.
L’enregistrement et le montage ont été réalisés par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Femmes rouennaises inspirantes, collège Georges-Braque

Dans le cadre des Débats des mémoires de la ville de Rouen, quatre collèges rouennais se sont mobilisés pour donner vie à 42 podcasts courts, conçus pour le grand public et plus particulièrement pour les plus jeunes. Cette collection invite à (re)découvrir, à travers des voix multiples, les parcours vivants et inspirants de femmes rouennaises qui ont marqué l’histoire de la ville.
Marie Desmares dite la Champmeslé
Tragédienne née à Rouen au XVIIe siècle, Marie Desmares, dite La Champmeslé, devient la muse de Racine et incarne pour lui Bérénice, Iphigénie et Phèdre. Des élèves du collège Georges-Braque dressent le portrait haut en couleur de cette actrice.
[Bruit de perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah… bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation de la plaque]
[Musique]
Présentatrice :
Connaissez-vous la Champmeslé ?
Et non, ce n’est pas juste une rue de Rouen, à côté du Gros-Horloge. C’est une comédienne et notre invitée aujourd’hui.
Alors, je vous prie de rester respectueux, c’est-à-dire de bien écouter.
Chut ! Elle arrive.
La Champmeslé, interprétant Bérénice :
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que, tout le jour, je puisse voir Titus.
Spectatrice :
Qu’elle joue bien ! Quel naturel !
La Champmeslé, interprétant Bérénice :
Je le vois, je rougis, je pâlis à sa vue.
Spectatrice :
Ça, c’est sûr, elle ne parle pas de moi.
[Applaudissements]
Présentatrice :
Tu joues très bien la comédie, Marie !
La Champmeslé :
Tu trouves ? Je pense que je n’ai pas bien mis le ton sur mes premières répliques.
Présentatrice :
Tu rigoles ? C’était super ! Tu joues tellement bien qu’on dirait que c’était pour de vrai. Tout le monde applaudit, même les petits, même les aigris. Tu es vraiment très forte. Tu es la reine de la comédie !
La Champmeslé :
Tu veux dire de la tragédie ? Ces vers sont du grand Racine.
Présentatrice :
Oui, oui, excuse-moi. Mais comment fais-tu pour être si forte ?
La Champmeslé :
Disons qu’au XVIIe siècle, ce n’était pas comme aujourd’hui. Il n’y avait pas vraiment d’études pour les filles.
J’ai commencé très jeune à Rouen, avec des troupes itinérantes. À seulement quinze ans, j’étais mariée avec un comédien. C’est à lui que je dois mon nom de scène : la Champmeslé. Pas mal, non ?
Présentatrice :
C’est vrai, ça claque comme un pseudo !
[Musique]
Présentatrice :
Il y a des rumeurs qui disent que Racine et toi étiez en mauvais termes.
La Champmeslé :
Pas du tout ! Racine était fou amoureux de moi. C’est pour moi qu’il a créé ses plus beaux rôles.
Présentatrice :
Ah bon ? Mais tu étais mariée, non ?
La Champmeslé :
Disons que j’allais voir ailleurs, parfois.
Avec Racine, nous avons rompu en 1677. C’était pour notre bien, tu sais.
Présentatrice :
Et pourquoi donc ?
La Champmeslé :
Il n’avait plus envie de faire de théâtre. Il est devenu historiographe du roi. C’était plus prestigieux d’être à la cour du Roi-Soleil, tu comprends ?
Présentatrice :
Il était ambitieux, ton Racine !
[Musique]
Présentatrice :
Dis, Marie, j’ai remarqué ta tombe derrière l’église Saint-Sulpice, tout à l’heure. Mais je croyais qu’à ton époque, les comédiens n’avaient pas le droit d’être enterrés à l’église. Est-ce que c’était un péché ?
La Champmeslé :
Oui, mais moi, je suis unique. Tous les hommes étaient fous de moi, même le curé !
[Rire]
J’avais des droits que les autres femmes n’avaient pas.
Présentatrice :
Bon, tu ne trouves pas que tu abuses un peu, là ?
Et vous, les amis, vous la trouvez un peu trop arrogante, cette Champmeslé ?
[Musique]
Narratrice :
La Champmeslé était une femme unique. Elle était peut-être bien un peu arrogante, mais c’était surtout une femme charismatique, au fort caractère.
Elle a marqué l’histoire du théâtre et elle n’avait pas peur de vivre comme elle l’entendait, à une époque où l’on ne laissait pas beaucoup de place aux femmes.
[Musique]
Narratrice :
Voilà, vous savez tout sur la Champmeslé.
[Musique]
Générique :
Derrière ce podcast, il y a Johanna, Anima, Vianney et Céline, du collège Georges-Braque.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Juliette Billard
Première femme architecte de France, Juliette Billard s’impose aussi comme décoratrice, illustratrice et dessinatrice du vieux Rouen. Des élèves du collège Georges Braque retracent le parcours de cette artiste indépendante, qui a vécu et créé rue d’Amiens jusqu’à sa mort en 1975.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Le jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
L’ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Le jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
L’ouvrier :
Eh bah… bouge pas. Ça arrive.
[Bruits de perceuse et de travaux.]
L’ouvrier :
Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Début de la musique.]
Le narrateur :
Aujourd’hui, on parle de Juliette Billard, la première femme architecte de France, mais aussi une femme engagée pour sauver et préserver le Vieux-Rouen.
Alors, prêts pour un voyage dans le temps ? C’est parti !
[Cris et gazouillis de bébé.]
Juliette :
Waouh ! Qu’est-ce que j’ai changé, dis donc !
Le narrateur :
Mais non, tu n’as presque pas changé. On reconnaît bien ton sourire.
Juliette :
Que j’étais mignonne dans ces petits habits que ma mère avait cousus !
Le narrateur :
C’est vrai qu’ils sont très beaux. À notre époque, ça se vendrait cher sur Vinted.
Juliette :
Et là, je reconnais ce tableau. Mon père l’avait peint exprès pour ma naissance. C’était en 1889.
Le narrateur :
Ce n’est pas la meilleure toile de ton père, non ?
Juliette :
Tu exagères !
Le narrateur :
Dès son plus jeune âge, Juliette est une passionnée de dessin. C’est ce qui la pousse à étudier tout d’abord à l’École des beaux-arts de Rouen.
Tiens, justement, c’est elle, avec son carnet devant la cathédrale.
Tu viens, Juliette ? Je t’emmène faire un tour pour voir comme la ville a changé.
[Ambiance de rue. Bruits de pas et de circulation.]
Juliette :
La rue d’Amiens, c’est ma rue. Elle n’a pas beaucoup changé. Quoique, cet énorme appartement, je ne le connaissais pas.
Ah, le numéro 75 ! C’est chez moi. Qu’est-ce que j’aimais cet appartement ! C’est là que je travaillais et que je recevais tous mes amis, ma famille et mes élèves.
Il y avait des plantes partout. On s’y sentait très bien.
Le narrateur :
C’est vrai que ça donne envie d’y faire un tour.
Juliette :
Tiens, c’est quoi, ça ? Une plaque commémorative ? Où sont mes lunettes ? Je ne les trouve jamais.
Le narrateur :
Ne t’inquiète pas, Juliette. Je vais la lire pour toi.
« Ici vécut Juliette Billard. Elle fut la première femme architecte française et la première femme à être reçue à l’École des beaux-arts, en section architecture, en 1914. »
Juliette :
C’est vrai, je m’en souviens très bien. J’étais toute stressée, mais la guerre a interrompu ça. Je n’ai eu mon diplôme qu’en 1920.
Le narrateur :
Ce n’est pas rien ! Tu dois être fière.
Et, à propos, il paraît que tu t’es déguisée en homme pour réussir. Que tu portais un tailleur sombre, que tu t’étais attaché les cheveux et que tu te tenais comme un homme.
Juliette :
Mais non ! Tu t’imagines bien qu’avec mon nom, ils savaient que j’étais une femme. Sans parler de mon physique, de ma voix…
Non, je ne leur ai rien caché. Le talent, ça ne trompe pas.
Le narrateur :
Attention, Juliette, tu commences à prendre la grosse tête !
Juliette :
Tu as raison. Mais c’est vrai qu’avec un papa peintre et une maman couturière, je ne pouvais qu’aller vers l’art.
Le narrateur :
Juliette travaille désormais à Rouen, au cabinet Chirol. Mais ce qui la pousse plus que tout, c’est toujours le dessin.
Elle devient illustratrice pour la ville de Rouen.
Juliette :
J’aime dessiner tout ce qui me passe par la tête. C’est comme raconter une histoire sans parler.
Le narrateur :
Et, comme si cela ne suffisait pas, Juliette se lance aussi dans le décor de cinéma.
Juliette :
Là, je me suis dit : « C’est la classe, quand même ! »
Le narrateur :
Mais derrière cette réussite, tout n’est pas toujours simple.
Juliette vit seule. À l’époque, pour une femme, concilier carrière et vie professionnelle, c’est encore difficile.
Pourtant, elle choisit de vivre de son art et elle continue à avancer, indépendante et déterminée.
Le narrateur :
Les années passent. Juliette vieillit doucement.
Depuis la maison de retraite de la rue d’Écosse, où elle vit désormais, elle continue à dessiner tous les jours, surtout sa ville bien-aimée, même de mémoire.
Juliette :
Tant que je pourrai tenir un crayon, je continuerai.
Le narrateur :
Juliette s’éteint le 7 octobre 1975.
Grâce à ses décors, ses illustrations et surtout ses dessins du Vieux-Rouen, elle a prouvé que les femmes aussi pouvaient vivre de leur passion malgré les difficultés.
Et aujourd’hui encore, son parcours peut nous inspirer.
[Musique.]
Voix des crédits :
Et derrière ce podcast, il y a Arieles et Adam, du collège Georges-Braque.
Enregistrement : Chérif Kahn.
À l’habillage sonore, on retrouve l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Fin de la musique.]
Jeanne Marie Leprince de Beaumont
Pionnière de la littérature jeunesse, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, née à Rouen, publie en 1756 sa version de La Belle et la Bête, qui inspirera la plupart des adaptations ultérieures. Des élèves du collège Georges-Braque retracent le destin de cette éducatrice à la vie riche et indépendante.
[Bruit de perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah, bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation]
[Générique musical]
Présentateur :
Bonjour à tous. Direction le XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, nous allons rencontrer une femme libre, une éducatrice, une visionnaire, une pionnière de la littérature pour la jeunesse et l’autrice de La Belle et la Bête.
Accueillons Jeanne-Marie Leprince de Beaumont.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Bonjour.
Présentateur :
Merci d’avoir traversé trois siècles pour nous rejoindre. Vous êtes née à Rouen, c’est bien cela ?
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Oui, dans une famille de la petite bourgeoisie.
[Transition sonore]
Présentateur :
Nous voici dans votre chambre d’enfant, que vous partagiez avec votre sœur.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Je m’en souviens si bien. Elle était magnifique. C’est mon père qui l’avait peinte et qui avait sculpté ces statuettes.
[Transition sonore, tic-tac d’horloge]
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
J’ai reçu une bonne éducation. J’étais heureuse, mais…
Présentateur :
Que s’est-il passé ?
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
J’ai perdu ma mère à l’âge de onze ans. Ensuite, mon père s’est remarié.
Présentateur :
C’est triste.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Je ne suis pas restée longtemps à la maison. À l’âge de quatorze ans, je suis entrée au couvent d’Ernemont. C’est là que l’on formait les maîtresses d’école.
Présentateur :
Ça a dû être très strict.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Non, ça va. J’ai pu enseigner dès mes seize ans.
Présentateur :
Si jeune ! À cet âge, moi, je n’écoutais rien en cours.
[Transition musicale]
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
En 1747, je quitte la France pour Londres.
Présentateur :
Donc, vous acceptez de vivre sous la pluie ?
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Oui, mais là-bas, je gagne mieux ma vie et je peux développer mes idées sur la pédagogie.
Présentateur :
Vous partez sans votre fille ?
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Oui, mais je la récupère en 1751. Là-bas, je deviens gouvernante dans la haute société.
Présentateur :
Cela a dû être très strict.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Non. J’acquiers mon indépendance économique, intellectuelle et amoureuse. Et ça, ça n’a pas de prix.
Présentateur :
Reparlons de votre fille.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Oui. Elle et moi sommes très proches. Elle m’a accompagnée à Londres, où elle s’est mariée et a eu des enfants.
Présentateur :
Une vie riche, comme la vôtre.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Oui, même si nous sommes très différentes.
Présentateur :
C’est à cette époque que vous publiez Le Magasin des enfants, en 1756. Il s’agit, là encore, d’éduquer les jeunes filles.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
J’en suis très fière. C’est à cette période que je tombe amoureuse de Thomas, Thomas Pichon, un écrivain venu de France.
Présentateur :
Le vrai grand amour.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Oui.
[Transition musicale]
Présentateur :
Vous savez que votre livre Le Magasin des enfants a été traduit en douze langues ?
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Non ! C’est incroyable.
Présentateur :
Et il paraît que vous avez aussi inventé le puzzle.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Non, c’est John Spilsbury. Mais, à l’époque, personne ne le connaissait. C’est vrai que j’ai été l’une des premières à m’en servir. Cela me permettait de rendre les cours de géographie plus ludiques.
Présentateur :
En tout cas, vous êtes connue pour La Belle et la Bête.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
C’est vrai que j’ai repris cette histoire dans Le Magasin des enfants, mais je l’ai modifiée en valorisant le travail et l’autonomie des femmes.
Présentateur :
C’est très important pour l’époque.
[Transition musicale]
Narrateur :
En 1773, Jeanne revient en France. Elle vit proche de ses élèves et continue à écrire. Elle mène une vie calme et paisible. Elle meurt à Avallon en 1776.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Non, non ! C’est en 1780.
Narrateur :
Ah bon ? Certains disent 1776.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Eh bien, ils se trompent. C’est quand même moi la mieux placée pour le savoir.
Narrateur :
Bon, d’accord, je reprends.
Jeanne meurt à Avallon en 1780, loin de la pluie anglaise.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Ça, c’est vrai.
Narrateur :
C’est une femme inspirante, à la vie riche et essentiellement consacrée à l’éducation des jeunes filles.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont :
Ça aussi, c’est vrai.
[Musique de fin]
Crédits
Voix des crédits :
Derrière ce podcast, il y a surtout Marwan, Yani, Axel et Mohamed, du collège Georges-Braque.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Élisa Garnerin
Née à Paris en 1791, Élisa Garnerin devient la deuxième femme parachutiste de l’histoire, avec près de quarante sauts à travers l’Europe. Des élèves du collège Georges-Braque racontent le parcours de cette pionnière, dont un exploit au Jardin des plantes de Rouen est encore commémoré.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon : Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier : Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon : J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier : Eh bah, bouge pas. Ça arrive.
[Bruits d’outils.]
Ouvrier : Plus que trois trous et… la plaque est posée !
[Générique musical.]
Narratrice : Bonjour. Aujourd’hui, nous allons découvrir une femme extraordinaire : Élisa Garnerin. Née en 1791 à Paris, elle est devenue l’une des premières femmes parachutistes de l’histoire. À une époque où les femmes avaient peu de libertés, elle réalisait des exploits incroyables.
[Transition musicale.]
Narratrice : Le 22 octobre 1799, Élisa a réalisé son premier saut en parachute. Elle se jeta de la montgolfière à plus de cent mètres du sol. Elle n’a que huit ans et, pourtant, elle ne tremble pas. Une foule immense la regarda avec admiration et étonnement.
Spectateur : Regarde ! Elle a sauté ! C’est elle, dans ce petit panier qui descend du ciel ! C’est incroyable ! Elle va se briser le dos !
Narratrice : Et non ! Élisa, tout comme sa tante peu de temps avant elle, s’en sort parfaitement bien. Sa voie est désormais toute tracée. Son père et elle multiplient les spectacles à travers la France et l’Europe. Ainsi, Élisa effectue un saut en parachute au-dessus du Jardin des plantes de Rouen. On peut encore y voir une plaque commémorative.
[Transition musicale.]
Narratrice : En grandissant, elle devient une vedette populaire. Elle effectue de nombreuses démonstrations à Rière, à Paris et dans d’autres villes. Ses exploits attirent des milliers de personnes.
Élisa : Je veux montrer que les femmes peuvent, elles aussi, accomplir de grands exploits.
[Transition musicale.]
Narratrice : Elle fait des tournées dans toute l’Europe. Mais tout ne se passe pas toujours pour le mieux. En avril 1818, Élisa et son père annoncent un grand spectacle à Madrid.
Narratrice : Les spectateurs se bousculent au parc du Retiro, les Garnerin vendant énormément de billets.
Élisa : Tu ne te rends pas compte ! Ça coûte cher, une montgolfière. Il fallait bien qu’on gagne notre vie.
Interlocutrice : Bien sûr, bien sûr. Mais le 19 avril, jour du spectacle, c’est la météo qui empêche le vol. La semaine suivante, encore une mauvaise météo. Et la semaine suivante, c’est la cérémonie nationale du 3 mai. Toujours pas de vol. Pourtant, ton père et toi, vous continuez à vendre des billets !
Élisa : On ne faisait que répondre à la demande.
Interlocutrice : D’accord. Mais, lors de la quatrième tentative, le ballon ne veut pas décoller. Forcément, la foule est en colère.
Foule : Remboursez ! Remboursez ! On veut notre argent ! Voleurs !
Père d’Élisa : Ah… Ah… Regarde, Élisa ! Ils viennent vers nous !
Élisa : Cours, papa, cours !
[Bruits de course et agitation de la foule.]
[Transition musicale.]
Narratrice : C’est le roi qui va les sauver, mais d’une manière très surprenante : il les jette en prison pour calmer la population. Quelques jours plus tard, les Garnerin rejoignent discrètement la France.
Narratrice : Grâce à son courage et à sa détermination, Élisa Garnerin marque l’histoire de l’aviation. Elle reste aujourd’hui un exemple inspirant pour tous ceux qui veulent poursuivre leurs rêves.
[Musique de conclusion.]
Voix des crédits : Et derrière ce podcast, il y a Antonica, Sana, Assane, Ariéles, Axel et Yannis, du collège Georges-Braque.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage, Chérif Kahn.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
[Fin de la musique.]
Marceline Desbordes-Valmore
Née à Douai en 1786, Marceline Desbordes-Valmore mène une vie marquée par les épreuves avant de devenir actrice puis l’une des grandes voix du romantisme. Des élèves du collège Georges-Braque explorent, sur le ton de l’interview, le destin bouleversant de cette poétesse liée à Rouen.
[Bruits de chantier : perceuse, manipulation d’outils et pose d’une plaque. ]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive.
[Bruits de perceuse. ]
Ouvrier :
Plus que trois trous, et la plaque est posée.
[Générique musical. ]
Présentatrice :
Bonjour à tous et à toutes, et bienvenue dans On déterre les femmes célèbres de Rouen.
Aujourd’hui, nous recevons une invitée qu’on peut qualifier de malchanceuse. Il nous a fallu remonter deux siècles en arrière pour l’inviter sur notre magnifique plateau.
Poétesse, actrice, victime de Cupidon ou encore figure majeure du romantisme, je vous demande d’accueillir Marceline Desbordes-Valmore.
[Applaudissements. ]
Marceline Desbordes-Valmore :
Merci, je suis ravie d’être ici. Il faut dire que c’est beaucoup plus agréable de parler à des personnes qui ne sont pas mortes.
Présentatrice :
Marceline, commençons par le commencement. Vous êtes née au nord de la France, plus précisément à Douai, en 1786. Comment était votre enfance ?
Marceline Desbordes-Valmore :
Laissez-moi réfléchir… Je suis née en pleine Révolution. Mes parents ont divorcé quand j’avais dix ans. J’ai donc dû errer avec ma mère et son amant, en enchaînant les déménagements : Roubaix, Lille, Bordeaux ou encore Bayonne. J’ai cru faire le tour du monde.
Bref, j’ai eu une enfance plutôt tranquille, non ?
Présentatrice :
Euh… Je crois que nous n’avons pas la même définition d’une enfance tranquille. Mais passons.
À vos quinze ans, vous partez aux Antilles avec votre mère pour améliorer votre situation financière. Petite question : sur une échelle de un à dix de la tragédie, comment s’est passé votre voyage ? Il a sûrement dû vous faire beaucoup de bien, non ?
Marceline Desbordes-Valmore :
Ma mère est morte de la fièvre jaune quelques mois à peine après notre arrivée.
Présentatrice :
On m’avait dit qu’elle attirait le malheur, mais là, c’est chaud. Bon, je vais plutôt noter « catastrophique ».
Marceline Desbordes-Valmore :
Très bonne conclusion.
Présentatrice :
Après ce tragique accident, vous retrouvez la France seulement un an après l’avoir quittée et vous devenez actrice. Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Marceline Desbordes-Valmore :
Eh bien, comme vous le savez sans doute, j’ai appris à jouer la comédie très jeune, à dix ans. Et, en étant actrice, je pouvais partager mes émotions sans aucune honte.
De plus, le sentiment d’être aimée et acclamée n’est pas désagréable.
Présentatrice :
Pourtant, vous avez choisi de quitter la scène pour faire la chose pour laquelle vous êtes connue aujourd’hui : écrire des poèmes. Pourquoi écrire ?
Marceline Desbordes-Valmore :
Parce que parler dans une salle, toute seule, inquiétait mon entourage. Plus sérieusement, écrire ce que je ressentais me faisait du bien.
Présentatrice :
Pouvez-vous nous citer quelques vers de votre magnifique plume, s’il vous plaît ?
Marceline Desbordes-Valmore :
Avec plaisir.
« N’écris pas, je suis triste, et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau. »
Présentatrice :
Magnifique ! Oh, cela parle de l’une de vos histoires de cœur, il me semble. À ce que j’ai entendu, vous avez enchaîné les mauvaises fins.
Marceline Desbordes-Valmore :
Pour une fois qu’une rumeur est vraie…
Présentatrice :
Vous avez eu une liaison avec un certain Louis Lacour et avez eu une fille, Luisa, qui décède trois semaines après sa naissance.
Puis, avec Eugène Debonne, avec qui vous avez eu un fils qui meurt à l’âge de cinq ans.
Enfin, vous épousez Prosper Lanchantin, en 1817, avec qui vous avez eu quatre enfants, dont deux décédés.
Sans compter le fameux Latouche, pour qui vous avez écrit vos plus célèbres poèmes. Une histoire passionnée, intermittente, je crois.
Marceline Desbordes-Valmore :
Ces sujets-là sont un peu tabous pour moi. Je vous prie de changer de thématique.
Présentatrice :
Bien sûr. De toute façon, mes questions sont terminées.
Aujourd’hui, les spécialistes vous considèrent comme l’une des poétesses qui a marqué le monde du romantisme, et surtout la ville de Rouen. C’est donc ce que nous retiendrons de vous. Rassurez-vous.
Merci de votre présence, Marceline Desbordes-Valmore, et merci à vous, mes chers audiospectateurs.
[Musique de fin. ]
Voix des crédits :
Et derrière ce podcast, il y a Hawa et Chaïma, du collège Georges-Braque.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage, Chérif Kahn.
Pour les bruitages et les sons additionnels : Joseph Sardin, du site lasonotheque.org.
Madeleine Dissoubray
Institutrice et résistante, Madeleine Dissoubray entre en clandestinité sous une fausse identité avant d’être arrêtée en 1942 et déportée à Auschwitz-Birkenau. Des élèves du collège Georges-Braque racontent le courage de cette militante, rescapée des camps et engagée toute sa vie pour l’éducation.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose, même si elles ne sont pas célèbres, mais elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah… bouge pas. Ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation. Début de la musique.]
Narratrice 1 :
Madeleine Dissoubray était une institutrice qui, à vingt ans à peine, avec son frère René et sa sœur Yvonne, également instituteurs, décide de rejoindre le Parti communiste français.
Voix de Madeleine :
Il est temps d’agir. Je refuse d’être réduite au silence. La dignité humaine, la liberté ainsi que l’éducation sont des droits. Ce sont nos droits. Et pourtant, nous en sommes privés.
Voix de René :
Je suis d’accord. Ça ne peut pas continuer ainsi. Pour le futur de nos élèves, nous nous devons d’élever nos voix.
Voix d’Yvonne :
Les actions valent mieux que des mots. Résistons avant qu’il ne soit trop tard.
Narratrice 1 :
Madeleine entre alors dans la Résistance et dans la clandestinité. Elle prend une fausse identité. Elle est désormais Marcel Duterthre, pseudonyme Jacqueline.
Narrateur 1 :
Elle diffuse des tracts, elle colle des affiches et elle surveille les mouvements de la police.
Bientôt, elle prend plus de risques encore. Elle récupère des armes et participe à des sabotages.
Narratrice 2 :
Elle n’a peur de rien.
[Transition musicale.]
Narrateur 2 :
Nous sommes en février 1942. Ce jour-là, le 20 février, tout bascule.
Madeleine se trouve alors dans son appartement clandestin de la rue de Montbray avec son amie Suzanne Rose.
[Coups frappés à la porte.]
Narrateur 2 :
Un homme se présente. Un résistant.
Narratrice 3 :
Il connaît le mot de passe. Madeleine ne se méfie pas et ouvre. L’homme entre et, bien vite…
Policier :
Marcel Duterthre, vous êtes en état d’arrestation.
Narratrice 3 :
D’autres policiers entrent à leur tour et se saisissent des deux jeunes femmes.
[Transition musicale.]
Voix de Madeleine :
Je ne regrette rien. J’ai agi pour mon pays. On ne choisit pas toujours les circonstances, mais on choisit toujours de dire non.
Narratrice 1 :
Arrêtée pour son engagement dans la Résistance, Madeleine sera emprisonnée plusieurs mois à Paris, période durant laquelle elle multiplie les tentatives d’évasion.
En vain, elle est déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943.
[Ambiance extérieure. Bruits de train, de pas et de camp.]
Gardien allemand :
Schnell ! Schnell !
Groupe de femmes, chantant :
Allons, enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé…
Gardien allemand :
Mund zu !
[Rafale de coups de feu.]
Narrateur 3 :
Les deux cent trente femmes du convoi qui vient d’arriver sur le quai du camp d’Auschwitz font preuve d’un grand courage.
Elles risquent de se faire tuer, mais elles chantent avec fierté. Madeleine est l’une d’elles.
Leurs voix tremblantes me donnent des frissons. Pas vous ?
[Transition musicale.]
Narratrice 2 :
Après le camp d’Auschwitz, Madeleine sera envoyée au camp de Ravensbrück, puis à celui de Mauthausen.
Malgré les épreuves, elle survivra et témoignera plus tard de ce qu’elle a vécu, de ce qu’elle a subi.
Voix de Madeleine :
Nous n’avions plus que notre dignité pour résister.
[Transition musicale.]
Narratrice 1 :
De retour en France, Madeleine Dissoubray continuera toute sa vie à militer au Parti communiste français et restera engagée dans l’éducation des jeunes.
Voix de Madeleine :
Oui, car pour moi, éduquer, c’est apprendre à ne jamais courber l’échine.
Narrateur 1 :
Madeleine Dissoubray reste une figure de courage, engagée pour la liberté et les valeurs humaines.
[Musique de fin.]
Voix des crédits 1 :
Derrière ce podcast, il y a Chaïma, Amira, Bridel, Kaïs, Fatou, Oumou et Mohamed, du collège Georges-Braque.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage, Chérif Kahn.
Voix des crédits 2 :
Pour les bruitages et les sons additionnels : lasonotheque.org.
Jacqueline Mazéas
Médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Londres en 1948, Jacqueline Mazéas a marqué l’athlétisme français malgré une arrivée tardive dans le lancer de disque. Les élèves du collège Georges-Braque reviennent sur le parcours de cette championne rouennaise.
[Ambiance de chantier : perceuse et bruits d’outils.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh bah… Bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation.]
[Début de la musique.]
Narrateur :
Aujourd’hui, on vous parle d’une Rouennaise disparue il n’y a pas longtemps, en 2012 : Jacqueline Mazéas. Elle enseignait le sport non loin d’ici, aux élèves du lycée Jeanne-d’Arc. Mais pourquoi était-elle connue ? On vous raconte tout.
[Ambiance de stade : coup de feu, applaudissements et acclamations.]
Commentateur sportif :
Oh oui ! Quelle femme, quelle championne ! Jacqueline Mazéas est la première Française à passer les quarante mètres.
Journaliste :
Bonjour, madame Mazéas. Tout d’abord, félicitations. Que pensez-vous de votre performance ?
Jacqueline Mazéas :
Oui, en effet, c’est exceptionnel. Je suis fière, pour moi, pour ma famille et pour mon coach.
Journaliste :
Bien sûr, d’autant plus que, si je ne me trompe pas, vous venez tout juste de vous marier tous les deux, non ?
Jacqueline Mazéas :
Oui, on forme une équipe qui gagne, à la ville comme dans les stades.
Journaliste :
Alors, après ce record, vous vous sentez prête pour les Jeux de Londres cet été ?
Jacqueline Mazéas :
Oui, je vais m’entraîner deux fois plus encore.
[Transition musicale.]
Narrateur :
Quelques mois plus tard, à l’été 1948, Jacqueline Mazéas est aux Jeux olympiques de Londres.
[Ambiance de compétition sportive.]
Commentateur sportif :
Bonjour, mesdames, messieurs. Tout d’abord, bienvenue aux Jeux de Londres, sous un beau soleil d’été.
Et c’est Jacqueline Mazéas qui ouvre le bal aujourd’hui au lancer de poids et qui a décroché notre première médaille : la médaille de bronze, avec un lancer à plus de quarante mètres de long.
Voix hors champ :
Encore !
Journaliste :
Bonjour, madame Mazéas. Comment vous sentez-vous ?
Jacqueline Mazéas :
Bonjour. Je me sens très fière, pour ma famille, pour la France. Je savais que j’étais au top, mais là, c’est vraiment incroyable. Je suis très heureuse, pour moi et pour toute ma famille.
Journaliste :
Encore bravo pour votre médaille, madame.
[Applaudissements et acclamations.]
[Transition musicale.]
Narrateur :
Jacqueline a réussi à décrocher le bronze aux Jeux olympiques de Londres. Grâce à cet exploit, elle est devenue une sportive reconnue de l’athlétisme français.
Pourtant, son parcours est atypique. Elle n’a découvert le lancer de poids qu’à l’âge de vingt-trois ans, ce qui est tard pour se lancer dans une carrière. Même si elle était déjà sportive auparavant, elle avait fait de la gymnastique dans le Nord, puis du basket à Caen.
Après son déménagement, son parcours est un exemple de motivation et de performance.
Jacqueline Mazéas nous prouve qu’avec du travail et de la volonté, on peut réaliser de grandes choses. Son histoire est inspirante pour tous les jeunes sportifs et toutes les jeunes sportives d’aujourd’hui.
[Musique de fin.]
Voix des crédits :
Derrière ce podcast, il y a Ta, Avas et Adam, du collège Georges-Braque.
L’enregistrement et le montage ont été réalisés par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Les bruitages et les sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Camille Lacoste
Née à Rouen, Camille Lacoste-Dujardin devient ethnologue et se passionne pour la culture kabyle. À travers les contes et les récits transmis par les femmes, elle explore une mémoire et une société qu’elle contribue à faire connaître. Un podcast porté par des élèves du collège Georges-Braque.
[Ambiance de chantier. Bruit d’une perceuse.]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors, je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben… bouge pas, ça arrive.
[Bruits d’outils.]
Ouvrier :
Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Musique du générique.]
Présentatrice :
Aujourd’hui, on vous présente Camille Lacoste-Dujardin, une ethnologue française passionnée par la culture kabyle.
Alors, prêts à découvrir son amour pour cette culture ? C’est parti !
[Transition musicale.]
Narrateur :
Camille naît le 20 mars 1929 à Rouen. C’est une femme cultivée qui poursuit des études en géographie. Elle bifurque ensuite vers l’ethnologie, car c’est ce qu’elle préfère.
Comme elle aime le dire :
Voix de Camille :
L’ethnologue doit écouter avant de comprendre, et comprendre avant d’écrire.
Narrateur :
Enfin, celui qu’elle aime surtout, c’est son mari, Yves Lacoste, un géographe lui aussi, qu’elle décide de suivre en Algérie peu après son mariage.
Voix de Camille :
C’est vrai, je ne travaille pas. Alors, nous nous sommes beaucoup promenés à travers l’Algérie. Et c’est là que j’ai eu mon véritable coup de foudre.
Interviewer :
Non, je suis perdu. C’était pour qui, le coup de foudre ?
Voix de Camille :
Ah, mais non ! C’était un coup de foudre culturel, comme tu l’as dit. Toute ma vie, ensuite, je me suis rendue régulièrement dans les villages d’Iflissen Lebhar. Les gens de ces villages du bord de mer sont devenus ma famille de cœur.
[Ambiance de bord de mer.]
Interviewer :
Mais comment tu t’es intégrée ? Comment tu as fait pour qu’ils te comprennent ?
Voix de Camille :
Ah, ça… ur ssineɣ ara taqbaylit.
Interviewer :
Hein ? Ça veut dire quoi, ça, encore ?
Voix de Camille :
Ça veut dire qu’au départ, je ne savais pas parler kabyle.
Interviewer :
Ah, donc tu as commencé à apprendre le kabyle sur le tard ?
Voix de Camille :
Oui. Ce sont les femmes kabyles qui me l’ont appris.
Tu sais, les femmes kabyles portent le monde sur leurs épaules, mais on ne le voit pas. Avec elles, j’ai compris quelque chose d’important : la femme kabyle n’est pas soumise. Elle est la gardienne de l’honneur, la mémoire du groupe, la force silencieuse.
Interviewer :
Et vous parliez de quoi, entre vous ?
Voix de Camille :
Elles m’ont transmis plein de contes. J’adorais ça.
Ted did, et tella temsalt…
Interviewer :
Ah, tu as vu, tu recommences ! Ça veut dire quoi ?
Voix de Camille :
C’est la formule magique pour commencer un conte : « Il était une fois la source de la parole. »
Interviewer :
Et ils parlaient de quoi, ces contes ?
Voix de Camille :
Ce sont des histoires de Tislit et Turyin, des ogresses, d’orphelines, de jeunes filles persécutées, de ruses…
Tu peux les lire si tu veux. Je les ai tous traduits en français.
Interviewer :
Ah ouais, tu as l’air de les aimer, ces contes.
Voix de Camille :
Oui. Tu sais, les contes sont une mémoire vivante. Ils disent ce que les sociétés taisent.
[Transition musicale.]
Narrateur :
Le 26 janvier 2016, Camille Lacoste-Dujardin meurt. À son enterrement sont présents sa famille, ses proches et des amis algériens, dont beaucoup de Kabyles.
Présentatrice :
Merci d’avoir écouté l’histoire passionnante de Camille Lacoste-Dujardin.
[Musique de fin.]
Présentatrice :
Et derrière ce podcast, il y a Fathia, Maïssa, Mélissa, Leïla et Darlington, du collège Georges-Braque.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage Chérif Kahn.
Les bruitages et sons additionnels proviennent du site lasonotheque.org.
Nicole Fontaine
De Rouen au Parlement européen, Nicole Fontaine a marqué la construction européenne avant de devenir ministre de l’Industrie. Son parcours mêle engagement, diplomatie et combat politique. Les élèves du collège Georges-Braque vous invitent à découvrir cette figure majeure de l’Europe.
[Bruit de perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben, bouge pas. Ça arrive.
[Bruits d’outils]
Ouvrier :
Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Musique]
Narratrice :
Élue présidente du Parlement européen vingt-cinq ans d’affilée, elle devient ensuite ministre de l’Industrie en France.
C’est une femme soucieuse, ambitieuse, au parcours impressionnant. Mais qui est-elle réellement ?
Son nom est… Nicole Fontaine.
Découvrons l’inspirante et fabuleuse vie de cette figure clé de la construction européenne.
[Musique]
Une jeunesse studieuse
Intervieweuse :
Coucou Nicole ! Alors, comme ça, il paraît que tu as décroché ton bac à quinze ans à peine ? Incroyable, non ?
Nicole Fontaine :
Pas tant que ça. Tout est question de discipline et de travail, bien sûr.
Intervieweuse :
Et ensuite, après tes études de droit à Rouen et Paris, tu deviens avocate à vingt ans ?
Nicole Fontaine :
Non, pas tout à fait. J’étais juriste spécialisée dans le droit de l’enseignement privé. D’ailleurs, j’ai joué un rôle majeur dans plusieurs lois.
Intervieweuse :
Tu étais donc à la fois brillante et influenceuse ?
Nicole Fontaine :
Brillante, je ne sais pas. Mais je ne me sens pas influenceuse. La célébrité, très peu pour moi.
[Musique]
Son entrée au Parlement européen
Intervieweuse :
Strasbourg… Tu as vu comme le Parlement européen est immense ?
Nicole Fontaine :
J’ai eu la même réaction que toi quand je suis devenue députée européenne.
Intervieweuse :
Et je dirais que ton entrée en politique n’a pas été soutenue par n’importe qui, quand même : Simone Veil, une célébrité !
Nicole Fontaine :
Simone était vraiment une belle personne.
Intervieweuse :
Comment l’as-tu connue ?
Nicole Fontaine :
C’est elle qui m’a repérée. Elle m’a invitée à prendre un café. On a parlé du travail. Elle m’a félicitée, puis elle m’a dit :
« Mais Nicole, pourquoi ne vous présenteriez-vous pas aux élections européennes ? L’Europe a besoin de gens comme vous. »
J’étais tellement émue. Bien sûr, le projet européen me tenait à cœur. Mais Simone a été vraiment décisive dans mon engagement.
[Musique]
Présidente du Parlement européen
Intervieweuse :
Tu es la deuxième femme à avoir été présidente du Parlement européen et tu as reçu de nombreuses personnalités durant tes mandats, comme le dalaï-lama.
Nicole Fontaine :
Oui, je me souviens bien. La Chine avait protesté contre sa venue. Mais je suis restée combative et j’ai maintenu l’invitation.
Intervieweuse :
Waouh ! Tu t’es montrée très courageuse. Est-ce qu’il y a une autre visite qui t’a marquée ?
Nicole Fontaine :
Oui, celle d’Ahmad Shah Massoud, le chef de la résistance afghane. Je l’ai rencontré quelques mois avant son assassinat.
Là encore, j’ai dû me battre pour faire accepter sa venue.
Intervieweuse :
Le commandant Massoud ! Tu devais être impressionnée !
Nicole Fontaine :
J’ai été frappée par sa douceur et son calme. Il parlait lentement. Il m’a dit :
« Si vous ne nous aidez pas, l’Afghanistan deviendra un foyer de terrorisme qui vous atteindra aussi. »
Intervieweuse :
Il avait raison. C’est exactement ce qui s’est passé.
Nicole Fontaine :
Hélas, oui. Il avait une vision politique rare. Il aurait pu devenir un grand dirigeant démocratique et un beau modèle.
[Musique]
Intervieweuse :
C’est vous deux sur cette photo ? C’était sur ton bureau ?
Nicole Fontaine :
Oui. Je l’ai conservée, car cette rencontre m’a profondément marquée.
[Musique]
Ministre de l’Industrie
[Bruits de pas et ambiance extérieure]
Intervieweuse :
Nicole, après tout ce que tu as fait à Strasbourg, tu as pris une retraite bien méritée ?
Nicole Fontaine :
Non. Tiens, lis ce qui est écrit sur ce bâtiment.
Intervieweuse :
« Ministère de l’Industrie »… Ah, mais oui ! Tu deviens ministre déléguée à l’Industrie en 2002.
Nicole Fontaine :
Tu sais, j’ai refusé plusieurs postes au gouvernement avant celui-ci, car l’Europe, c’était important pour moi.
Mais là, Internet, c’est moi.
[Klaxon]
Intervieweuse :
Quoi ? Mais tu ne l’as pas créé !
Nicole Fontaine :
Bien sûr que non ! Mais il s’agissait de mettre en place un cadre sécurisé, pour qu’Internet ne soit pas une jungle.
Intervieweuse :
Comment ?
Nicole Fontaine :
Grâce à la loi pour la confiance dans l’économie numérique, qui est le texte fondateur de l’Internet français moderne.
Intervieweuse :
Ah bah, merci ! Grâce à toi, je peux m’acheter des vêtements en ligne sans risque, grâce aux connexions sécurisées.
Nicole Fontaine :
De rien. J’espère que nos concitoyens sauront continuer de faire développer l’Europe. C’est notre garantie de paix et de prospérité pour demain.
[Musique]
Conclusion
Narratrice :
Voilà, c’est la fin de ce podcast, les amis.
Nicole reste un modèle pour nos futures générations. Les femmes sont de plus en plus présentes en politique, mais à quand une présidente de la République ?
Et est-ce qu’en ces temps de guerre, nous sommes prêts à ouvrir de nouvelles portes pour l’Europe ?
Je vous laisse sur cette réflexion.
Crédits
Narratrice :
Derrière ce podcast, il y a Rosaline, Oumou, Gloanel et Leïla, du collège Georges-Braque.
Enregistrement : Chérif Kahn.
Habillage sonore : l’atelier MAO du collège Camille-Claudel.
Montage : Chérif Kahn.
Les bruitages et sons additionnels pr
Germaine Goujon
Tisseuse dès ses treize ans, cette syndicaliste rouennaise déploya un drapeau rouge le jour de l’armistice 1918 et mena la grève du textile d’Oissel en 1919. Des élèves du collège Camille-Claudel font revivre Germaine Goujon, pionnière engagée et infatigable défenseuse des ouvrières.
[Bruit d’une perceuse et de travaux]
Jeune garçon :
Mais qu’est-ce que tu fais, là ?
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben… bouge pas, ça arrive. Plus que trois trous et la plaque est posée.
[Bruits de perceuse et de fixation]
[Chant : « Debout, les damnés de la terre… »]
Voix 1 :
Aujourd’hui, on va parler d’une femme que vous ne connaissez sûrement pas.
Voix 2 :
Elle s’appelle Germaine Goujon. Et si vous deviez la résumer en une seule phrase, ce serait…
Voix 1 :
C’est une femme qui n’a jamais relâché la pression.
Voix 2 :
Même pendant les vacances.
Germaine Goujon :
Qu’est-ce que c’est que cette introduction ?
Voix 1 :
C’est volontaire. Mais t’inquiète, laisse-nous faire, on gère ça.
Voix 2 :
Germaine Goujon est née le 1er mai 1893 à Grand-Quevilly.
Voix 1 :
Une date symbolique, car c’est la fête des travailleurs.
Voix 2 :
Pour elle, c’est surtout un rappel que même les jours fériés peuvent être optimisés.
Germaine Goujon :
Je suis bien née ce jour-là, mais cela n’a aucun lien avec cette interprétation.
Voix 1 :
C’est vrai. Mais bizarrement, elle a passé sa vie à défendre des choses comme l’ordre, la rigueur et le silence dans les open spaces.
Germaine Goujon :
Mais c’est n’importe quoi ! J’étais ouvrière dans le textile !
Voix 2 :
Bah après, c’est un peu la même chose.
Voix 1 :
Pas trop, quand même.
Germaine Goujon :
Bref, est-ce qu’on peut parler de mes exploits ?
Voix 2 :
Bien sûr. On se rappelle tous du 11 novembre 1918. Germaine a déployé un drapeau rouge sur lequel était écrit : « Vive l’Internationale », en plein milieu de l’usine où elle travaillait.
Voix 1 :
C’était le jour de l’armistice de la Grande Guerre.
Voix 2 :
Un geste spectaculaire, mais qui lui vaut d’être renvoyée.
Germaine Goujon :
Tu parles d’une injustice !
Voix 1 :
Oui, la faute du vilain patron, hein !
Voix 2 :
Et le premier licenciement pour faute de goût politique, hein !
Germaine Goujon :
Vaut mieux entendre ça que d’être sourd, hein !
Voix 1 :
Et n’oublions pas 1919. Elle dirige le comité de grève du textile d’Oissel. Grâce à elle, les travailleurs obtiennent la semaine de cinq jours et demi.
Voix 2 :
Et une augmentation de salaire.
Voix 1 :
Et aussi, le 1er mai devient chômé cette année-là.
Germaine Goujon :
Des victoires dont je suis très fière.
Voix 2 :
Comme par hasard, un jour férié le jour de ton anniversaire.
Germaine Goujon :
C’est vraiment n’importe quoi, cet hommage ! C’est quand même grâce à moi, grâce à nous, les militants, que vous ne travaillez pas sept jours sur sept !
Voix 1 :
C’est pas faux. Merci, Germaine. Je reprends.
Germaine n’avait pas froid aux yeux. La même année, en 1919, elle se présente aux élections municipales d’Oissel.
Voix 2 :
La blague, c’est que les femmes n’avaient même pas le droit de voter. Mais elle, elle a eu l’audace de se présenter.
Voix 1 :
Justement, c’est ça qui est courageux.
Germaine Goujon :
Et il y a quand même 368 personnes qui ont voté pour moi.
Voix 2 :
J’avoue, j’avoue. Respect.
Germaine Goujon :
Ah, quand même !
Voix 1 :
Pour conclure, elle reste très engagée au PCF jusqu’en 1927 et meurt en 1980, à l’âge de 87 ans.
Voix 2 :
Bon vent, Germaine !
[Chant : « Du passé, faisons table rase… »]
Voix du générique :
Et derrière ce podcast, il y a Aïcha, Rassoul, Ramzan, Volis et Leïla, du collège Georges-Braque.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage Chérif Kahn.
Voix :
Hé, attendez ! Ce n’est pas fini ! On refait le podcast, en plus sérieux cette fois. C’est parti !
Transition
[Reprise du bruit des travaux]
Ouvrier :
Bah là, on m’a demandé de poser des plaques pour les femmes célèbres. Alors je les pose. Même si elles ne sont pas célèbres, elles vont le devenir.
Jeune garçon :
J’ai hâte de voir ça.
Ouvrier :
Eh ben… bouge pas, ça arrive.
[Bruits de perceuse et de fixation]
[Jingle musical]
Voix du jingle :
Po-po-po-podcast… Poum !
Présentatrice :
Germaine, Germaine… une Java ou un tango, c’est du…
Voix hors champ :
Bon, c’est bon, concentre-toi un peu, tu veux ?
Présentatrice :
Aujourd’hui, je vais vous parler de Germaine Goujon, née au Petit-Quevilly. Elle est tisseuse à Oissel dès ses treize ans.
Germaine Goujon :
Les machines, c’est insupportable, ça fait un boucan !
[Bruit de machines textiles]
Présentatrice :
Enfin bon, revenons à ton histoire. Militante syndicaliste, très populaire dans l’industrie textile, elle devient secrétaire générale du textile de Rouen en 1923.
Germaine Goujon :
Ah oui, je défends les travailleurs. Je ne veux pas que mes enfants travaillent à treize ans comme moi.
Présentatrice :
Germaine Cécile se marie dès dix-sept ans avec Louis Émile Goujon.
[Son de cloches]
Germaine Goujon :
Dix-sept ans, j’ai pas perdu de temps !
Présentatrice :
Germaine organisait et participait à de nombreuses réunions pour défendre les travailleurs des usines de Rouen.
Germaine Goujon :
Oh oui, je me souviens. Je suis allée au congrès de la CGTU en 1929. Et vous, vous vous en souvenez ?
Présentatrice :
Oh oui, je me souviens. Voici quelques extraits de ton discours au syndicat. Tu parlais des grèves. Je te cite :
« J’en viens à mon sujet. Je voudrais parler des grèves. Il y a différents genres de grèves. Il y a ce qu’on appelle les grèves sporadiques. Il y a les grèves préparées par des syndicats, par des corporations. Il y a des grèves préparées de toutes pièces que l’on veut déclencher d’une façon artificielle. »
Et voilà une petite partie de ton discours. Mais si tu veux, je peux en sortir d’autres, hein !
Germaine Goujon :
Ah oui, vas-y, j’adore mon discours !
Présentatrice :
Bon, OK. Tu as aussi dit :
« La préparation de la grève a été déclenchée le 26 octobre. Des revendications générales ont été envoyées à la chambre patronale le 8 août. Une lettre envoyée à la Fédération du textile le 9 août et à la chambre patronale. Les revendications particulières de chaque usine aux directions des usines. »
Bref, tu aimais bien la paperasse !
[Bruit de feuilles de papier]
Germaine Goujon :
Oh là là ! On est obligé de revendiquer pour obtenir… Retiens ça, petite !
Présentatrice :
Eh oui, on a retenu, car on parle encore de toi plus de quarante-six ans après ta mort.
Voix du générique :
Et derrière ce podcast, il y a Kaëlys et Gloria, du collège Camille-Claudel.
Enregistré par Chérif Kahn.
On retrouve à l’habillage sonore l’atelier MAO du collège Camille-Claudel, et au montage Chérif Kahn.
Pour les bruitages et les sons additionnels : lasonotheque.org.
