Portrait Delphine Bunel

À la tête des Valkyries depuis une décennie, l’ex-deuxième ligne assume les fonctions de numéro 1 du Rouen Normandie Rugby depuis quelques mois. Devenue la première femme présidente d’un club de rugby professionnel, elle offre au ballon ovale un supplément dame.

Plus qu’une nouvelle saison, c’est une nouvelle ère qui s’est ouverte le 21 août pour le Rouen Normandie Rugby avec le déplacement à Suresnes pour la 1re journée de Nationale. Parce que le championnat 2026-2027 porte le sceau d’une patronne inédite : Delphine Bunel, nommée présidente au début du printemps. « Ma priorité, c’est d’assainir les finances des Lions, qui doivent réduire la voilure deux ans après leur descente de Pro D2 », indique-t-elle.

On est en présence de la 1re femme aux commandes d’un club de rugby professionnel. Une fierté pour elle, surtout pas un titre de gloire. Juste la reconnaissance de son travail, de son parcours, de sa méthode, de son approche, de ses valeurs. Le fruit de l’ensemble de son œuvre, en fait.

Élue au bureau directeur de la Ligue de Normandie de Rugby depuis 3 ans, elle est vice-présidente par intérim en charge de l’élite féminine à la Fédération depuis juillet. Logique, tant Delphine Bunel s’est imposée comme une bâtisseuse au niveau de son territoire. La native de Rouen, issue de la filière Staps de la faculté de Mont-Saint-Aignan, n’a eu de cesse de faire grandir le ballon ovale au féminin.

Performance et conscience

D’abord en tant que joueuse cadre : ardente deuxième ligne du genre à tout donner sur la pelouse, elle a fait les beaux jours de l’ASRUC de 2010 à 2019, avec une saison en 1re division en clôture de carrière. « J’étais combative et déterminée, une leader de vestiaire. Je me suis tourné vers le rugby pour un sport loisir après mes deux grossesses. Sauf que je suis très compétitrice… »

Un rôle moteur comme dirigeante inspirée, ensuite. Elle est à l’origine de la création du Valkyries Normandie Rugby Clubs (VNRC), union de l’ASRUC et de l’Ovalie Caennaise, championne de France d’Élite 2 en 2022 au bout d’une année d’existence. Les Valkyries, vice-championnes de France en titre d’Élite 2, entameront le prochain exercice le 11 octobre à domicile contre Brive. Objectif Élite 1.

L’autre ambition se joue en dehors du terrain : là où la conscience performe. « L’action RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) est dans l’ADN des Valkyries. Le club de sport a une mission à remplir pour la cité, il a une fonction d’utilité sociale. Le VNRC salarie 4 personnes dédiées à son projet solidaire (3 équivalents temps plein et un mi-temps), dont l’actuelle capitaine Manon Hénault et sa devancière Clémence Deu. Sur le pôle citoyenneté du « Label Club Engagé » de la Fédération, les Valkyries sont 1res sur 2 000 clubs. Ça, c’est ma plus grande fierté. »

Ancienne perchiste et demi-fondeuse du Stade Sottevillais

Viscéralement collective, la double présidente associe à toutes ses grandes décisions le directeur sportif Cyrille Lloza, son acolyte depuis près de 15 ans. « À chaque fois qu’un poste se présente, je prends le temps de la réflexion avec lui avant d’accepter. Je n’ai rien demandé de ce qui m’arrive : tout m’a été proposé. Je suis à l’opposé de quelqu’un de carriériste. »

La cheffe d’entreprise de 48 ans dirige sa société Figures de skills (consulting et formation professionnelle) en tandem avec son associée, une amie et ex-collègue. « Je ne m’entoure que de gens plus compétents que moi, dans tout ce que je fais », confie l’ex-demi-fondeuse du Stade Sottevillais. Dans sa boîte comme au RNR et au VNRC, cette ancienne perchiste tient la barre. La voilà, l’athlète pensante de nos rugbywomen et rugbymen !